mardi 3 septembre 2013

Syrie : arrêtons le bras des assassins chimistes !

Syrie : arrêtons le bras des assassins chimistes !
Cameron (photo © S. Rousseau/AFP). Poutine (photo © R. Novosti/Reuters). Obama (photo © AP). Hollande (photo DR). Assad (photo DR).


Les débats et postures sur la réponse aux crimes du régime de Damas  dominent la scène, ici, comme aux États-Unis. 


Non, il ne s’agit pas d’un débat sur la nécessité ou non d’intervenir dans une guerre civile – déjà 110 000 morts – qui se poursuit en Syrie. C’est bien à l’ordre du jour mais à un autre niveau. Il s’agit de faire face à la violation d’un interdit, celui de l’usage des armements chimiques, qui ouvre la porte à une prolifération galopante. Ne pas dire « stop » aujourd’hui, c’est prendre le risque que demain, d’autres États répètent les crimes du régime de Damas contre les populations civiles. Gazer des centaines ou milliers d’individus n’est plus un fait de guerre. C’est aujourd’hui un crime contre l’humanité que rien ne saurait exonérer d’un droit de poursuite, y compris armé.

Oui, il en va des armements chimiques comme des armements nucléaires de destruction massive. Leur usage et par voie de conséquence leur fabrication et leur stockage constituent une menace inacceptable pour toute l’humanité. Détenir, comme Damas, plus de mille tonnes de produits toxiques pousse évidemment à s’en servir, fût-ce en dernière instance en le niant et en tentant d’effacer les traces du crime. C’est pourquoi, l’Europe devrait être, a minima, à l’origine d’une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies élargissant l’interdiction des armes chimiques, leur production et leur stockage à toute la planète, y compris aux États qui n’ont pas ratifié la Convention dédiée.

Oui, la posture qui consiste à évoquer le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » dans ce cas d’espèce est absolument odieuse.  Celle qui consiste à dire « c’est regrettable mais l’on n’y peut rien » s’apparente, avec la pertinence toute relative des comparaisons historiques, à un renoncement « munichois », quelles qu’en soient les justifications – le contexte diplomatique ou les moyens militaires. Harlem Désir, pour une fois qu’il était audible, se le voit reprocher par ses camarades... La politique et son prolongement par les armes ne font jamais bon ménage avec les logiques de l’abstention, prétendument sage et confortable, qui finissent par se payer un jour au prix fort. La prise de position et l’action appropriées leur sont toujours préférables.

Oui, la décision de l’usage de la force doit obéir à des règles précises. Il en va de la démocratie et du refus d’un ordre international qui s’apparenterait sans cela à la jungle. Encore faut-il ne pas se tromper sur la situation. Obama, en recourant au vote préalable du Congrès, fait un « coup » de politique intérieure. Les guerres de l’ombre qu’il mène depuis son entrée en fonction n’ont pas eu besoin de l’autorisation du Congrès. Il est bloqué par ses adversaires sur plusieurs terrains majeurs et tente de retrouver des marges d’action d’autant qu’il sait qu’en Méditerranée, Poutine ne pourra que « gesticuler ». Il prend cependant un risque face aux courants isolationnistes toujours forts aux États-Unis en temps de crise.

Non, le débat sur les conditions de l’engagement militaire n’est pas nouveau, ni même principiel mais avant tout politique et déterminé par le contexte. Ainsi, dans les années trente, la gauche américaine s’interrogea pour savoir si elle devait soutenir l’amendement à la Constitution de Ludlow, un représentant de l’Indiana qui voulait soumettre à référendum la décision d’entrée en guerre. Cet « argument » devait permettre de rassembler dans un élan démocratique des anticapitalistes… aux pacifistes divers. Les lois sur la neutralité qui en furent issues ont été abrogées en 1941 quand Roosevelt a engagé les États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, au nom de la démocratie, contre les isolationnistes. Dans les deux cas, c’était affaire de circonstance.

Oui, aujourd’hui, il n’est pas douteux qu’il faille intervenir pour arrêter le bras des assassins chimistes de Damas. Faute d’un cadre « onusien » émanant du Conseil de sécurité, il n’y a pas d’autre possible que de passer outre, tout en recherchant la coalition la plus large, y compris au sein de l’Assemblée générale. Mieux vaut prendre le temps de construire le rapport des forces que de frapper en étant isolé et donc de manière symbolique sans rien changer sur le terrain. Cela passe en particulier par la mobilisation des Européens qui ne peuvent s’en remettre à Paris et à Hollande après le camouflet infligé au va-t-en-guerre irresponsable de Londres. Cameron est à lui seul facteur de défiance.

Oui, cela doit être combiné avec la recherche d’une issue politique qui garantirait les droits de toutes les communautés de Syrie car l’opposition à Bachar al-Assad n’est guère plus fiable et pas davantage démocratique. Une présence internationale élargie, sous mandat onusien, intégrant les Russes comme les Iraniens aux côtés des Arabes, Américains et Européens, au moins en Syrie, voire au Liban voisin et cousin, est souhaitable à ce titre. Les conditions à réunir pour y parvenir relèvent d’un défi diplomatique ambitieux. Bruxelles et Paris doivent le relever par-delà les jeux politiciens – vote du Parlement – d’une droite française divisée et partie en vrille de Borloo à Copé et Juppé. Ne leur prêtons pas main-forte à gauche par « inadvertance ».

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