Cameron
(photo © S. Rousseau/AFP). Poutine (photo © R. Novosti/Reuters). Obama
(photo © AP). Hollande (photo DR). Assad (photo DR).
Les débats et postures sur la réponse aux crimes du régime de Damas dominent la scène, ici, comme aux États-Unis.
Non,
il ne s’agit pas d’un débat sur la nécessité ou non d’intervenir dans
une guerre civile – déjà 110 000 morts – qui se poursuit en Syrie. C’est
bien à l’ordre du jour mais à un autre niveau. Il s’agit de faire face à
la violation d’un interdit, celui de l’usage des armements chimiques,
qui ouvre la porte à une prolifération galopante. Ne pas dire « stop »
aujourd’hui, c’est prendre le risque que demain, d’autres États répètent
les crimes du régime de Damas contre les populations civiles. Gazer des
centaines ou milliers d’individus n’est plus un fait de guerre. C’est
aujourd’hui un crime contre l’humanité que rien ne saurait exonérer d’un
droit de poursuite, y compris armé.
Oui,
il en va des armements chimiques comme des armements nucléaires de
destruction massive. Leur usage et par voie de conséquence leur
fabrication et leur stockage constituent une menace inacceptable pour
toute l’humanité. Détenir, comme Damas, plus de mille tonnes de produits
toxiques pousse évidemment à s’en servir, fût-ce en dernière instance
en le niant et en tentant d’effacer les traces du crime. C’est pourquoi,
l’Europe devrait être, a minima, à l’origine d’une résolution de
l’Assemblée générale des Nations unies élargissant l’interdiction des
armes chimiques, leur production et leur stockage à toute la planète, y
compris aux États qui n’ont pas ratifié la Convention dédiée.
Oui,
la posture qui consiste à évoquer le « droit des peuples à disposer
d’eux-mêmes » dans ce cas d’espèce est absolument odieuse. Celle qui
consiste à dire « c’est regrettable mais l’on n’y peut rien »
s’apparente, avec la pertinence toute relative des comparaisons
historiques, à un renoncement « munichois », quelles qu’en soient les
justifications – le contexte diplomatique ou les moyens militaires.
Harlem Désir, pour une fois qu’il était audible, se le voit reprocher
par ses camarades... La politique et son prolongement par les armes ne
font jamais bon ménage avec les logiques de l’abstention, prétendument
sage et confortable, qui finissent par se payer un jour au prix fort. La
prise de position et l’action appropriées leur sont toujours
préférables.
Oui,
la décision de l’usage de la force doit obéir à des règles précises. Il
en va de la démocratie et du refus d’un ordre international qui
s’apparenterait sans cela à la jungle. Encore faut-il ne pas se tromper
sur la situation. Obama, en recourant au vote préalable du Congrès, fait
un « coup » de politique intérieure. Les guerres de l’ombre qu’il mène
depuis son entrée en fonction n’ont pas eu besoin de l’autorisation du
Congrès. Il est bloqué par ses adversaires sur plusieurs terrains
majeurs et tente de retrouver des marges d’action d’autant qu’il sait
qu’en Méditerranée, Poutine ne pourra que « gesticuler ». Il prend
cependant un risque face aux courants isolationnistes toujours forts aux
États-Unis en temps de crise.
Non,
le débat sur les conditions de l’engagement militaire n’est pas
nouveau, ni même principiel mais avant tout politique et déterminé par
le contexte. Ainsi, dans les années trente, la gauche américaine
s’interrogea pour savoir si elle devait soutenir l’amendement à la
Constitution de Ludlow, un représentant de l’Indiana qui voulait
soumettre à référendum la décision d’entrée en guerre. Cet « argument »
devait permettre de rassembler dans un élan démocratique des
anticapitalistes… aux pacifistes divers. Les lois sur la neutralité qui
en furent issues ont été abrogées en 1941 quand Roosevelt a engagé les
États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, au nom de la démocratie,
contre les isolationnistes. Dans les deux cas, c’était affaire de
circonstance.
Oui,
aujourd’hui, il n’est pas douteux qu’il faille intervenir pour arrêter
le bras des assassins chimistes de Damas. Faute d’un cadre « onusien »
émanant du Conseil de sécurité, il n’y a pas d’autre possible que de
passer outre, tout en recherchant la coalition la plus large, y compris
au sein de l’Assemblée générale. Mieux vaut prendre le temps de
construire le rapport des forces que de frapper en étant isolé et donc
de manière symbolique sans rien changer sur le terrain. Cela passe en
particulier par la mobilisation des Européens qui ne peuvent s’en
remettre à Paris et à Hollande après le camouflet infligé au
va-t-en-guerre irresponsable de Londres. Cameron est à lui seul facteur
de défiance.
Oui,
cela doit être combiné avec la recherche d’une issue politique qui
garantirait les droits de toutes les communautés de Syrie car
l’opposition à Bachar al-Assad n’est guère plus fiable et pas davantage
démocratique. Une présence internationale élargie, sous mandat onusien,
intégrant les Russes comme les Iraniens aux côtés des Arabes, Américains
et Européens, au moins en Syrie, voire au Liban voisin et cousin, est
souhaitable à ce titre. Les conditions à réunir pour y parvenir relèvent
d’un défi diplomatique ambitieux. Bruxelles et Paris doivent le relever
par-delà les jeux politiciens – vote du Parlement – d’une droite
française divisée et partie en vrille de Borloo à Copé et Juppé. Ne leur
prêtons pas main-forte à gauche par « inadvertance ».
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