mardi 20 août 2013

2025, c’est demain ! Qu’en ferons-nous ?

Image du Blog najatehaie.centerblog.net
Président et ministres ainsi qu'Anne Lauvergeon  réunis hier en séminaire portant sur "la France en 2025" (photo © R. de la Mauvinière/AFP).

Le sujet portait en soi une vraie fonction prospective et pédagogique. Ils en ont fait un simple exercice de communication sans grand intérêt.

Un horizon à un peu plus d’une décennie change d’échelle par rapport au temps politique courant, toujours borné par les échéances électorales suivantes, à cinq ans grand maximum. Il permet surtout de prendre en compte les tendances lourdes qui travaillent la société et d’éclairer l’action au jour le jour par la définition d’objectifs plus ambitieux. L’imposture des droites consistant à proclamer que le gouvernement « ne parlait de demain que pour ne rien faire aujourd’hui » traduit surtout la vacuité du projet et du programme de forces qui n’ont pas encore « digéré » leur défaite et celle de Sarkozy. Ils s’interrogent encore sur l’opportunité de l’inventaire, c’est dire leur désarroi.

La voie était donc libre pour un travail sérieux de plusieurs mois, avec la participation sous une forme ou une autre de toute la gauche, débouchant sur quelques grandes décisions d’orientation. Le Parti socialiste lui-même a été prié de patienter en salle d’attente. Les membres du gouvernement, en conclave, ont simplement « mimé » contributions et débats, transformés en un pauvre exercice de communication où chacun s’efforça de vanter son bilan supposé sans trop paraître le faire, restant dans les rails de son ministère. À une exception près, avec la contribution sur la transition écologique de quatre ministres s’opposant à Montebourg et à ses rêveries industrielles datées. 

Restaient donc plusieurs plats de résistance au menu. Celui de l’Europe d’abord tant il est vrai qu’à cet horizon, soit la France sera devenue pleinement européenne, soit elle sera marginalisée comme les autres États nations du vieux continent. Ayrault s’est engagé mais avec un hors sujet d’anthologie. Pour évoquer 2025.... il a regretté le vote majoritaire de 2005 contre le Traité constitutionnel. Il aurait fallu dessiner plutôt les contours d’une autre Europe, fédérale et intégrée, parlant d’une seule voix et agissant au nom de quelque 600 millions de citoyens voire davantage, après l’adhésion des Turcs et de plusieurs autres peuples de la Méditerranée en particulier.   

L’enjeu vaut tant pour l’Europe que pour la planète dans son ensemble. Un monde multipolaire, coopératif et équilibré entre pays développés et émergents ne peut être fondé sur l’hégémonie au Nord des États-Unis, qui ne serait alors que l’expression politique d’un grand marché transatlantique très libéral. L’Europe a objectivement tous les atouts nécessaires pour faire jeu égal avec l’autre rive de l’Atlantique pour peu qu’elle sache prendre en main son avenir et construire une autre perspective. Ce n’est qu’ainsi que l’on échappera à la«perte de souveraineté » démocratique à laquelle nous condamnerait en revanche tout repli national et identitaire.

Au Bourget, Hollande désignait la finance comme son ennemie... Puis lui Président, son gouvernement recula devant le battement d’ailes des volatiles patronaux. On les nourrit même de quelque 20 milliards sans la moindre exigence. La volonté régulatrice, c’est fini et Moscovici s’en affranchit dans sa copie. Comment envisager pourtant le plein emploi en 2025 sans faire valoir le droit de regard de la société et donc de la puissance publique sur l’économie et la finance ? Pour sortir de la crise, pour imposer des contraintes prudentielles aux banques à l’origine de la crise, pour contrôler la formation professionnelle, pour une nouvelle réduction du temps de travail et une autre répartition des richesses...

En guise de travaux pratiques, le gouvernement adoptera demain le projet de loi porté par la radicale Sylvie Pinel, « réformant » le commerce et l’artisanat. La « qualification » d’artisan sera désormais mieux encadrée comme le seront également les relations entre bailleurs de locaux et commerçants. Mais surtout, afin de câliner les « poussins » aspirants patrons, le statut d’auto-entrepreneur, s’il mentionne un plafond de chiffre d’affaires... ne le fixe pas. Renvoi à un hypothétique décret... sans compter la faille juridique puisque celui-ci sert à établir l’impôt et relève donc de la loi et non d’un simple décret. Pour tout le reste, Ayrault et ses ministres se défaussent sur la Commission Grandguillaume.

À l’issue de cet exercice laborieux, la palme revient à Cécile Duflot pour cette manière qu’elle a de « vendre » son action contre toute évidence. Adepte des « chocs de marchés » à répétition qui n’ont eu d’autre effet qu’un insignifiant petit bruit médiatique, elle projette la construction de six millions de logements – 500 000 par an ! – et le retour des deux millions de logements vacants en 2012 dans le circuit... sans agir autrement pour autant. L’accès au logement ne représenterait plus, selon elle, que 25 % des revenus d’un ménage en 2025. Valls, beaucoup plus inquiétant, ambitionne de « réformer la politique d’immigration » et de démontrer que « l’Islam peut être compatible avec la démocratie ». La gauche, elle, a donc beaucoup à faire d’aujourd’hui à 2025 !  

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