| Président et ministres ainsi qu'Anne Lauvergeon réunis hier en séminaire portant sur "la France en 2025" (photo © R. de la Mauvinière/AFP). |
Le
sujet portait en soi une vraie fonction prospective et pédagogique. Ils
en ont fait un simple exercice de communication sans grand intérêt.
Un
horizon à un peu plus d’une décennie change d’échelle par rapport au
temps politique courant, toujours borné par les échéances électorales
suivantes, à cinq ans grand maximum. Il permet surtout de prendre en
compte les tendances lourdes qui travaillent la société et d’éclairer
l’action au jour le jour par la définition d’objectifs plus ambitieux.
L’imposture des droites consistant à proclamer que le gouvernement « ne parlait de demain que pour ne rien faire aujourd’hui »
traduit surtout la vacuité du projet et du programme de forces qui
n’ont pas encore « digéré » leur défaite et celle de Sarkozy. Ils
s’interrogent encore sur l’opportunité de l’inventaire, c’est dire leur
désarroi.
La
voie était donc libre pour un travail sérieux de plusieurs mois, avec
la participation sous une forme ou une autre de toute la gauche,
débouchant sur quelques grandes décisions d’orientation. Le Parti
socialiste lui-même a été prié de patienter en salle d’attente. Les
membres du gouvernement, en conclave, ont simplement « mimé »
contributions et débats, transformés en un pauvre exercice de
communication où chacun s’efforça de vanter son bilan supposé sans trop
paraître le faire, restant dans les rails de son ministère. À une
exception près, avec la contribution sur la transition écologique de
quatre ministres s’opposant à Montebourg et à ses rêveries industrielles
datées.
Restaient
donc plusieurs plats de résistance au menu. Celui de l’Europe d’abord
tant il est vrai qu’à cet horizon, soit la France sera devenue
pleinement européenne, soit elle sera marginalisée comme les autres
États nations du vieux continent. Ayrault s’est engagé mais avec un hors
sujet d’anthologie. Pour évoquer 2025.... il a regretté le vote
majoritaire de 2005 contre le Traité constitutionnel. Il aurait fallu
dessiner plutôt les contours d’une autre Europe, fédérale et intégrée,
parlant d’une seule voix et agissant au nom de quelque 600 millions de
citoyens voire davantage, après l’adhésion des Turcs et de plusieurs
autres peuples de la Méditerranée en particulier.
L’enjeu
vaut tant pour l’Europe que pour la planète dans son ensemble. Un monde
multipolaire, coopératif et équilibré entre pays développés et
émergents ne peut être fondé sur l’hégémonie au Nord des États-Unis, qui
ne serait alors que l’expression politique d’un grand marché
transatlantique très libéral. L’Europe a objectivement tous les atouts
nécessaires pour faire jeu égal avec l’autre rive de l’Atlantique pour
peu qu’elle sache prendre en main son avenir et construire une autre
perspective. Ce n’est qu’ainsi que l’on échappera à la«perte de souveraineté » démocratique à laquelle nous condamnerait en revanche tout repli national et identitaire.
Au
Bourget, Hollande désignait la finance comme son ennemie... Puis lui
Président, son gouvernement recula devant le battement d’ailes des
volatiles patronaux. On les nourrit même de quelque 20 milliards sans la
moindre exigence. La volonté régulatrice, c’est fini et Moscovici s’en
affranchit dans sa copie. Comment envisager pourtant le plein emploi en
2025 sans faire valoir le droit de regard de la société et donc de la
puissance publique sur l’économie et la finance ? Pour sortir de la
crise, pour imposer des contraintes prudentielles aux banques à
l’origine de la crise, pour contrôler la formation professionnelle, pour
une nouvelle réduction du temps de travail et une autre répartition des
richesses...
En
guise de travaux pratiques, le gouvernement adoptera demain le projet
de loi porté par la radicale Sylvie Pinel, « réformant » le commerce et
l’artisanat. La « qualification » d’artisan sera désormais mieux
encadrée comme le seront également les relations entre bailleurs de
locaux et commerçants. Mais surtout, afin de câliner les « poussins »
aspirants patrons, le statut d’auto-entrepreneur, s’il mentionne un
plafond de chiffre d’affaires... ne le fixe pas. Renvoi à un
hypothétique décret... sans compter la faille juridique puisque celui-ci
sert à établir l’impôt et relève donc de la loi et non d’un simple
décret. Pour tout le reste, Ayrault et ses ministres se défaussent sur
la Commission Grandguillaume.
À
l’issue de cet exercice laborieux, la palme revient à Cécile Duflot
pour cette manière qu’elle a de « vendre » son action contre toute
évidence. Adepte des « chocs de marchés » à répétition qui n’ont eu
d’autre effet qu’un insignifiant petit bruit médiatique, elle projette
la construction de six millions de logements – 500 000 par an ! – et le
retour des deux millions de logements vacants en 2012 dans le circuit...
sans agir autrement pour autant. L’accès au logement ne représenterait
plus, selon elle, que 25 % des revenus d’un ménage en 2025. Valls,
beaucoup plus inquiétant, ambitionne de « réformer la politique d’immigration » et de démontrer que « l’Islam peut être compatible avec la démocratie ». La gauche, elle, a donc beaucoup à faire d’aujourd’hui à 2025 !
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