vendredi 9 août 2013

Parti pris n° 45 – 9 août 2013

Parti pris n° 45 – 9 août  2013

L’annulation par les États-unis du prochain sommet entre Obama et Poutine est la petite « bombe » diplomatique de l’été. Elle met en exergue les exigences démocratiques ici, comme à Moscou et Washington.


Obama n’ira pas à Moscou. Cela ne remet en cause ni sa participation au G20 de Saint-Pétersbourg ni même les réunions bilatérales entre les deux pays, mais c’est dit sans ambages. Washington ne manifeste pas seulement de la mauvaise humeur à l’encontre de Poutine accueillant Snowden, transfuge ou lanceur d’alertes. Elle lui signifie froidement que le monde a changé et que son pays n’est désormais qu’un État émergent parmi d’autres, loin derrière le principal d’entre eux, la Chine. Une manière comme une autre pour la principale puissance occidentale de remettre les pendules à l’heure. Le coup était attendu, souhaité même par une partie des politiques et éditorialistes américains, il n’en est pas moins rude pour le destinataire.

Poutine ne peut en effet que chercher à rebondir même s’il n’en a pas réellement les moyens. L’héritier des Tsars et de Staline ne dispose plus que de l’ombre portée et déclinante d’un ancien empire. Le verdict d’Obama est d’autant plus humiliant quand il évoque à son propos « une mentalité de guerre froide » que celle-ci est passée de mode depuis longtemps. Sa puissance militaire est avant tout obsolète. Sa puissance économique ne se situe pas au zénith de sa catégorie, celle des émergents, en dépit des immenses ressources dont elle dispose parce que sa cohésion sociale est fragilisée, sapée par le caractère antidémocratique du régime. Les droits de l’homme et du citoyen sont une des clés principales de l’évolution de la société russe.
  
Obama ne peut, lui, que tirer avantage de cette nouvelle posture. Sur le plan intérieur, elle ne déplaira pas au camp conservateur rejoint par les tenants du boycott des Jeux olympiques de Sotchi. Elle lui permet surtout de justifier sans vraiment l’assumer la face la plus sombre de sa présidence révélée notamment par les scandales à répétition – Prism, Xkeyscore – mettant en cause la NSA (Agence nationale de sécurité). Le placement en « internement administratif virtuel » de toute la planète au nom de la lutte contre le terrorisme et l’absence de tout contrôle transparent de ces agissements couverts par le secret d’État attestent du caractère foncièrement antidémocratique de la politique de sécurité américaine.

Certes, une politique qui n’est pas l’apanage d’un seul État mais de tous ceux qui en ont les moyens. Les États-unis n’en sont pas moins la tête de réseau, la Chine agissant davantage « en contre ». La France et d’autres Européens participent plus ou moins honteusement au bal. Il n’en va pas différemment de ces guerres qui ne disent pas leur nom où le Pentagone déploie secrètement des drones pour tuer préventivement sans engager de troupes sur le terrain en s’affranchissant de toute règle de droit. Ni vu, ni connu, pas pris. S’il n’est pas question de contester aux peuples et aux États, le droit de se protéger de la gangrène terroriste de tueurs barbares, l’on peut et l’on doit contester cette politique de surveillance systématique et de liquidation préventive.
  
Au nom de l’efficacité, d’abord, qui commande le discernement sans lequel le traitement de l’information devient forcément approximatif, lourd et lent, au fur et à mesure qu’augmente le volume des données recueillies. Il faut alors lui consacrer toujours plus de moyens au détriment de ceux qui sont dédiés au développement. L’éthique, ensuite, car c’est se fourvoyer que de combattre les ennemis de la démocratie et de l’humanité par des moyens qui nous ravalent au même niveau qu’eux et qui dégradent, à ce titre, les sociétés qui les utilisent. L’objectif, enfin, tant il est vrai que les atteintes aux libertés publiques et aux droits ne préparent jamais une société meilleure lui léguant les tares de celle qui l’a précédée. Au-delà d’un rendez-vous manqué, c’est bien la démocratie qui est concernée.   

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