L’annulation
par les États-unis du prochain sommet entre Obama et Poutine est la
petite « bombe » diplomatique de l’été. Elle met en exergue les
exigences démocratiques ici, comme à Moscou et Washington.
Obama n’ira pas à Moscou. Cela ne remet en cause ni sa participation au G20 de Saint-Pétersbourg ni
même les réunions bilatérales entre les deux pays, mais c’est dit sans
ambages. Washington ne manifeste pas seulement de la mauvaise humeur à
l’encontre de Poutine accueillant Snowden, transfuge ou lanceur
d’alertes. Elle lui signifie
froidement que le monde a changé et que son pays n’est désormais qu’un
État émergent parmi d’autres, loin derrière le principal d’entre eux, la
Chine. Une manière comme une autre pour la principale puissance
occidentale de remettre les pendules à l’heure. Le coup était attendu,
souhaité même par une partie des politiques et éditorialistes
américains, il n’en est pas moins rude pour le destinataire.
Poutine ne peut en effet que chercher à
rebondir même s’il n’en a pas réellement les moyens. L’héritier des
Tsars et de Staline ne dispose plus que de l’ombre portée et déclinante
d’un ancien empire. Le verdict d’Obama est d’autant plus humiliant quand
il évoque à son propos « une mentalité de guerre froide » que
celle-ci est passée de mode depuis longtemps. Sa puissance militaire est
avant tout obsolète. Sa puissance économique ne se situe pas au zénith
de sa catégorie, celle des émergents, en dépit des immenses ressources
dont elle dispose parce que sa cohésion sociale est fragilisée, sapée
par le caractère antidémocratique du régime. Les droits de l’homme et du
citoyen sont une des clés principales de l’évolution de la société russe.
Obama
ne peut, lui, que tirer avantage de cette nouvelle posture. Sur le plan
intérieur, elle ne déplaira pas au camp conservateur rejoint par les
tenants du boycott des Jeux olympiques de Sotchi. Elle lui permet
surtout de justifier sans vraiment l’assumer la face la plus sombre de
sa présidence révélée notamment par les scandales à répétition – Prism,
Xkeyscore – mettant en cause la NSA (Agence nationale de sécurité). Le
placement en « internement administratif virtuel » de toute la planète
au nom de la lutte contre le terrorisme et l’absence de tout contrôle
transparent de ces agissements couverts par le secret d’État attestent
du caractère foncièrement antidémocratique de la politique de sécurité
américaine.
Certes,
une politique qui n’est pas l’apanage d’un seul État mais de tous ceux
qui en ont les moyens. Les États-unis n’en sont pas moins la tête de
réseau, la Chine agissant davantage « en contre ». La France et d’autres
Européens participent plus ou moins honteusement au bal. Il n’en va pas différemment de
ces guerres qui ne disent pas leur nom où le Pentagone déploie
secrètement des drones pour tuer préventivement sans engager de troupes
sur le terrain en s’affranchissant de toute règle de droit. Ni vu, ni connu, pas pris. S’il n’est pas question de
contester aux peuples et aux États, le droit de se protéger de la
gangrène terroriste de tueurs barbares, l’on peut et l’on doit contester
cette politique de surveillance systématique et de liquidation
préventive.
Au
nom de l’efficacité, d’abord, qui commande le discernement sans lequel
le traitement de l’information devient forcément approximatif, lourd et
lent, au fur et à mesure qu’augmente le volume des données recueillies.
Il faut alors lui consacrer toujours plus de moyens au détriment de ceux
qui sont dédiés au développement. L’éthique, ensuite, car c’est se
fourvoyer que de combattre les ennemis de la démocratie et de l’humanité
par des moyens qui nous ravalent au même niveau qu’eux et qui
dégradent, à ce titre, les sociétés qui les utilisent. L’objectif,
enfin, tant il est vrai que les atteintes aux libertés publiques et aux
droits ne préparent jamais une société meilleure lui léguant les tares
de celle qui l’a précédée. Au-delà d’un rendez-vous manqué, c’est bien
la démocratie qui est concernée.
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