mardi 6 août 2013

Israël Palestine : si cette fois était la bonne...

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Tzipi Livni et Saëb Erakat (photo © AFP).
La reprise des pourparlers directs entre Ramallah et Tel-Aviv soulève  beaucoup de scepticisme. La dissymétrie n’est guère contestable. Le contexte est cependant plus important encore.

Tzipi Livni et Saëb Erakat, les principaux négociateurs de part et d’autre, incarnent presque jusqu’à la caricature la dissymétrie des forces et faiblesses en présence. La première, ministre de la Justice de l’actuel gouvernement de coalition, demeure une valeur sûre de la scène politique israélienne. Le second, éternel négociateur palestinien, fait figure de recours par défaut après avoir été contraint à la démission en 2011 à la suite de fuites de ses propres services le dépeignant comme un acteur complaisant pour la partie adverse. Les deux camps sont entrés en discussion « sans préalable » avec l’objectif de parvenir à un accord d’ici neuf mois comme le souhaite l’administration Obama. Cela implique, en particulier, que la colonisation  continue à Jérusalem Est et dans les territoires, serait-ce sur un rythme moins soutenu.

À s’en tenir à l’instantané, les termes d’un accord équilibré seraient donc inaccessibles d’autant que la longue expérience des rendez-vous ratés avec l’histoire inciterait davantage à la prudence qu’à l’optimisme. Les accords d’Oslo en 1993 avaient soulevé l’espoir de part et d’autre avant qu’il ne soit anéanti. Depuis, toutes les tentatives pour renouer les fils du dialogue ont débouché sur de pauvres échecs. La situation, en vingt ans, s’est sérieusement détériorée des deux côtés. Le « coup » du Hamas à Gaza, fût-il au départ fondé sur la volonté majoritaire de la population, a sapé la crédibilité de l’Autorité palestinienne déjà rongée par la corruption. La société israélienne a été confrontée à ses propres impasses que ce soit à l’occasion de la révolte de sa jeunesse « indignée » contre la vie chère, du débat sur l’arsenal nucléaire iranien ou encore des séismes successifs du champ politique.

Oui, mais voilà, l’évolution du contexte régional, si ce n’est mondial, a ouvert une « fenêtre de tir » pour une nouvelle tentative de négociation à ce point improbable qu’elle n’a guère fait l’objet de surenchères pour en fixer les conditions avant l’heure, ni dans les territoires palestiniens où la désespérance domine ni en Israël où la lassitude est partout. Ce sont peut-être le levier principal et la chance en dernier ressort d’un éventuel succès que personne n’attend plus, à la condition qu’avec le renouvellement des générations, des femmes et des hommes d’État sachent s’en saisir dans les deux camps. Quant au contexte élargi, il résulte tout à la fois d’un affaiblissement des courants conservateurs islamistes dans la région et dans le monde en général et de la situation intérieure américaine sous le second mandat d’Obama. 

L’affaiblissement des « frérots » et assimilés est acté. Après avoir « confisqué » à leur profit les révoltes des printemps arabes, ils sont confrontés à leur inaptitude à accompagner les sociétés concernées vers la démocratie et le progrès qui suppose le caractère laïque de la sphère publique. Si Al-Sissi a pu déposer aussi facilement Morsi, avec un large soutien des Égyptiens et l’accord de Washington, c’est à cela qu’il le doit. Ennahdha à Tunis éprouve la même impasse que la confrérie soeur au Caire. S’y ajoute l’élection de Rohani en Iran qui renvoie au second plan, au moins provisoirement, les plus « conservateurs » des mollahs, autour du Guide. À Beyrouth, le Hezbollah lui-même a, en vérité, usé davantage du verbe qu’il n’a agi sur le terrain en soutien à Assad en Syrie. Résultat, les dirigeants gazaouis du Hamas ont vu leur pouvoir de nuisance contre un éventuel processus de paix considérablement réduit.

La donne a également changé aux États-unis en ce qui concerne la perception des enjeux à court, moyen et long termes au Proche-Orient. L’administration Obama gère un second et dernier mandat où le discours du Caire appartient désormais à l’histoire. Le réalisme « pressé » d’un Kerry a remplacé le lyrisme d’un Obama qui avait alors le temps pour lui. La lourde facture irakienne de Bush, le fiasco libyen, l’impasse syrienne, le sans-faute de Hollande au Mali et la menace terroriste récurrente qui contraint à fermer ambassades et autres missions diplomatiques ont convaincu Washington de l’importance d’une stabilisation de la situation en Palestine. Cela s’accompagne aussi d’un désenchantement de la communauté juive américaine par rapport à Israël qu’elle ne « reconnaît » plus vraiment. Son soutien financier non compté n’est pas une solution d’avenir ni pour elle ni pour cet État de plus en plus lointain. La crise rime par ailleurs partout avec plus de rentabilité.  

La Turquie et l’Europe ne sont pas en reste tant il est vrai qu’une sortie de crise par le haut dans le bassin oriental de la Méditerranée nécessite l’intervention de l’une et de l’autre,  à défaut de l’une au nom de l’autre. Erdogan a fait face, il y a peu, à une contestation sociale de grande ampleur, laïque et « européenne », qu’il a provisoirement désarmée sans pouvoir la réduire. Le procès et le lourd verdict du réseau Ergenekon ne seront pas durablement d’un secours précieux pour sa formation, l’Akp – parti pour la justice et le développement. Les Conservateurs islamistes turcs ont tout intérêt à la réussite du processus de négociation qui revêt pour eux des enjeux économiques, diplomatiques et stratégiques. L’Union européenne, très active ces derniers temps dans la région où elle n’entend pas laisser le champ libre à son partenaire du grand marché transatlantique, est en phase avec cette approche.

Reste en conséquence, au-delà des pronostics inutiles, à tout faire pour que les populations palestiniennes et israéliennes s’engagent ensemble dans une autre voie que celle du « statu quo » actuel. Le droit au retour mythifié par les uns comme la colonisation d’un autre temps pour les autres ne font plus partie des rêves des nouvelles générations. Sans compter les frontières de 1967 reconnues légalement par l’Onu. La « médiation » de deux États coexistant pacifiquement n’est plus envisageable que comme une situation très transitoire - et encore ! - vers une Fédération binationale, démocratique et laïque, ayant Jérusalem comme capitale et susceptible de garantir à tous les mêmes droits inaliénables. Que serait en effet un État palestinien sans capitale et sans autre réalité que l’extrême dénuement de ses ressortissants? Que serait à contrario l’avenir d’un État théocratique, miné par ses contradictions, retenant encore quelque 5000 prisonniers palestiniens, dans le vent qui souffle sur la région ? Alors, banco, en effet !

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