Après
l’Oise, le Lot-et-Garonne, deux élections partielles où les candidats
d’extrême droite ont failli l’emporter contre la droite après
l’élimination des candidats de gauche au premier tour. Cela implique, si
nous n’y prenons pas garde, un risque majeur, mortel peut-être, pour
les libertés et la démocratie, fût-elle ce qu’elle est ici et
maintenant, lors des prochaines élections municipales, européennes,
sénatoriales et régionales. C’est à cette menace que toute la gauche,
tous courants confondus, se doit de faire face avec lucidité, courage et
détermination.
Bien
sûr, l’extrême droite fait son miel du fumier de la crise sociale. Le
meilleur moyen de s’en débarrasser durablement réside, on ne le répètera
jamais assez, dans l’éradication du chômage et dans le progrès social
et démocratique partagé. Ceux qui forcent la note en ne faisant pas ce
qu’ils ont promis, en racontant tout et son contraire, portent
évidemment une lourde responsabilité. C’est vrai quand Sapin fait ses
comptes d’apothicaire - 540 000 emplois aidés à la fin de l’année -,
quand Hollande prophétise l’inversion de la courbe du chômage à la même
heure, quand Montebourg se défausse grossièrement sur Barroso et
Bruxelles, quand les élus socialistes édulcorent la transparence et
finassent sur le cumul des mandats.
Leurs
actes et propos ne trompent personne ou presque comme l’indiquent les
cotes de popularité en berne de Hollande et d’Ayrault. Mais ils
dressent, en bas, un mur d’incompréhension, de ressentiments, voir de
« haine » envers des socialistes et par extension une gauche que
beaucoup assimilent à des profiteurs sans foi ni loi qui « ne vaudraient
pas mieux que ceux de droite ». Le même « raisonnement » ou plus
exactement le même type d’embardée de la pensée voudrait que la droite
et l’extrême droite soient « bonnet noir et noir bonnet ». C’est
absurde. Il ne faut pas céder un pouce sur ce terrain du combat
politique et idéologique pour la vérité des faits et des arguments.
Quelles
que soient les critiques que méritent le gouvernement et les
socialistes, alternatives concrètes comme celles que nous proposons sur
ce blog à l’appui, ils ne sont pas assimilables, ni de près ni de loin, à
Sarkozy et aux formations de droite. De la même manière, l’UMP n’est
pas le FN, la droite « décomplexée » et extrémisée de Copé sous
influence de Buisson n’est pas, à ce jour ou pas encore, une « bande de
fascistes ». L’approximation et le déni du réel sont toujours mauvais
conseillers pour l’action politique. Faire le tri dans ce qui se dit,
s’écrit, se proclame est plus que jamais nécessaire faute de se perdre
dans les chemins tortueux d’une impasse politique sans retour.
Que
l’on imagine en effet ce que pourrait être l’action criminelle d’une
municipalité dominée par le FN et l’on fera alors les différences qui
s’imposent. La « préférence nationale » localisée et déclinée en autant
de mesures d’exclusion infâme en matière d’aides sociales ou de
logement, la chasse aux incivilités aux moyens d’une politique dressant
dangereusement les uns contre les autres, la censure, insidieuse d’abord
et brutale ensuite, de tout ce qui n’est pas conforme à leur « ordre
noir ». Cela commence ainsi. L’histoire nous a appris que cela pouvait
se terminer... dans des camps, la guerre et le génocide. Point besoin de
forcer le trait cependant, même si l’absence de violences de masse,
pour l’heure, de la part des héritiers des fascismes, peut être
trompeuse.
Alors,
oui, empêcher le FN d’accéder aux manettes, même à l’échelle d’une
commune, est un objectif démocratique indiscutable. Cela implique un
vote pour ses adversaires du moment, la gauche de préférence bien sûr
fût-elle « molle », mais aussi la droite, classique et traditionnelle,
si nécessaire. C’est prendre un risque absolument inconsidéré de
remettre en cause, comme le font certains socialistes, ce qu’ils nomment
le « front républicain ». Si nombre d’électeurs de gauche, pas tous ni
même forcément la majorité, n’y avaient pas souscrit à
Villeneuve-sur-Lot, l’Assemblée compterait un troisième député FN et Le
Pen serait victorieuse sans appel. C’est le bon critère, sinon le seul,
en matière de tactique électorale à gauche aujourd’hui.
L’on
est cependant en droit et en situation d’espérer mieux que ces
victoires par défaut contre le FN même si elles sont préférables au
pire, ses propres victoires. Cela passe pour la prochaine étape, en mars
2014, par des listes de large rassemblement à gauche fondées sur des
programmes d’action municipale embrassant tout ce qui peut l’être,
quitte à laisser ouvertes les questions qui divisent et en s’en
remettant à la décision des citoyens consultés par référendum. Cela
suppose que le PS et ses grands élus renoncent à leur arrogance à
vocation hégémonique et que tous les autres cessent de confondre
aujourd’hui et après-demain. Nous pouvons, nous devons, parce que les
circonstances l’exigent, faire un bout de chemin ensemble dans l’unité
et la clarté. Ni plus, ni moins.
La
démocratie est dans ce cadre le meilleur antidote pour guérir la
division, entretenue par les uns ou par les autres – c’est selon. Que
mille lieux d’échanges et de débats voient le jour pour construire
ensemble un futur réaliste à l’échelle des six prochaines années et des
réalités locales. Que vienne ensuite le temps de la constitution de
listes unitaires misant sur le partage effectif des responsabilités et
le recours à la démocratie participative la plus large. C’est la
prochaine marche de l’escalier pour remonter la pente. Elle est à la
portée de toute la gauche, mais nous pouvons aussi la louper et nous
retrouver « plus bas » demain. Reste évidemment que cela serait
grandement facilité par un changement de cap et d’équipe gouvernementale
au sommet de l’État. Tout se tient en effet, mais ça, c’est une autre
histoire.
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