mardi 25 juin 2013

L’heure est grave ! Aux armes de la raison, camarades !

L’heure est grave ! Aux armes de la raison, camarades !


Le fond de l’air est devenu « irrespirable » dans ce pays où l’extrême droite peut désormais l’emporter... même avec un mode de scrutin majoritaire.

Après l’Oise, le Lot-et-Garonne, deux élections partielles où les candidats d’extrême droite ont failli l’emporter contre la droite après l’élimination des candidats de gauche au premier tour. Cela implique, si nous n’y prenons pas garde, un risque majeur, mortel peut-être, pour les libertés et la démocratie, fût-elle ce qu’elle est ici et maintenant, lors des prochaines élections municipales, européennes, sénatoriales et régionales. C’est à cette menace que toute la gauche, tous courants confondus, se doit de faire face avec lucidité, courage et détermination.

Bien sûr, l’extrême droite fait son miel du fumier de la crise sociale. Le meilleur moyen de s’en débarrasser durablement réside, on ne le répètera jamais assez, dans l’éradication du chômage et dans le progrès social et démocratique partagé. Ceux qui forcent la note en ne faisant pas ce qu’ils ont promis, en racontant tout et son contraire, portent évidemment une lourde responsabilité. C’est vrai quand Sapin fait ses comptes d’apothicaire - 540 000 emplois aidés à la fin de l’année -, quand Hollande prophétise l’inversion de la courbe du chômage à la même heure, quand Montebourg se défausse grossièrement sur Barroso et Bruxelles, quand les élus socialistes édulcorent la transparence et finassent sur le cumul des mandats.

Leurs actes et propos ne trompent personne ou presque comme l’indiquent les cotes de popularité en berne de Hollande et d’Ayrault. Mais ils dressent, en bas, un mur d’incompréhension, de ressentiments, voir de « haine » envers des socialistes et par extension une gauche que beaucoup assimilent à des profiteurs sans foi ni loi qui « ne vaudraient pas mieux que ceux de droite ». Le même « raisonnement » ou plus exactement le même type d’embardée de la pensée voudrait que la droite et l’extrême droite soient « bonnet noir et noir bonnet ». C’est absurde. Il ne faut pas céder un pouce sur ce terrain du combat politique et idéologique pour la vérité des faits et des arguments.

Quelles que soient les critiques que méritent le gouvernement et les socialistes, alternatives concrètes comme celles que nous proposons sur ce blog à l’appui, ils ne sont pas assimilables, ni de près ni de loin, à Sarkozy et aux formations de droite. De la même manière, l’UMP n’est pas le FN, la droite « décomplexée » et extrémisée de Copé sous influence de Buisson n’est pas, à ce jour ou pas encore, une « bande de fascistes ». L’approximation et le déni du réel sont toujours mauvais conseillers pour l’action politique. Faire le tri dans ce qui se dit, s’écrit, se proclame est plus que jamais nécessaire faute de se perdre dans les chemins tortueux d’une impasse politique sans retour.

Que l’on imagine en effet ce que pourrait être l’action criminelle d’une municipalité dominée par le FN et l’on fera alors les différences qui s’imposent. La « préférence nationale » localisée et déclinée en autant de mesures d’exclusion infâme en matière d’aides sociales ou de logement, la chasse aux incivilités aux moyens d’une politique dressant dangereusement les uns contre les autres, la censure, insidieuse d’abord et brutale ensuite, de tout ce qui n’est pas conforme à leur « ordre noir ». Cela commence ainsi. L’histoire nous a appris que cela pouvait  se terminer... dans des camps, la guerre et le génocide. Point besoin de forcer le trait cependant, même si l’absence de violences de masse, pour l’heure, de la part des héritiers des fascismes, peut être trompeuse.

Alors, oui, empêcher le FN d’accéder aux manettes, même à l’échelle d’une commune, est un objectif démocratique indiscutable. Cela implique un vote pour ses adversaires du moment, la gauche de préférence bien sûr fût-elle « molle », mais aussi la droite, classique et traditionnelle, si nécessaire. C’est prendre un risque absolument inconsidéré de remettre en cause, comme le font certains socialistes, ce qu’ils nomment le « front républicain ». Si nombre d’électeurs de gauche, pas tous ni même forcément la majorité, n’y avaient pas souscrit à Villeneuve-sur-Lot, l’Assemblée compterait un troisième député FN et Le Pen serait victorieuse sans appel. C’est le bon critère, sinon le seul, en matière de tactique électorale à gauche aujourd’hui.

L’on est cependant en droit et en situation d’espérer mieux que ces victoires par défaut contre le FN même si elles sont préférables au pire, ses propres victoires. Cela passe pour la prochaine étape, en mars 2014, par des listes de large rassemblement à gauche fondées sur des programmes d’action municipale embrassant tout ce qui peut l’être, quitte à laisser ouvertes les questions qui divisent et en s’en remettant à la décision des citoyens consultés par référendum.  Cela suppose que le PS et ses grands élus renoncent à leur arrogance à vocation hégémonique et que tous les autres cessent de confondre aujourd’hui et après-demain. Nous pouvons, nous devons, parce que les circonstances l’exigent, faire un bout de chemin ensemble dans l’unité et la clarté. Ni plus, ni moins.

La démocratie est dans ce cadre le meilleur antidote pour guérir la division, entretenue  par les uns ou par les autres – c’est selon. Que mille lieux d’échanges et de débats voient le jour pour construire ensemble un futur réaliste à l’échelle des six prochaines années et des réalités locales. Que vienne ensuite le temps de la constitution de listes unitaires misant sur le partage effectif des responsabilités et le recours à la démocratie participative la plus large. C’est la prochaine marche de l’escalier pour remonter la pente. Elle est à la portée de toute la gauche, mais nous pouvons aussi la louper et nous retrouver « plus bas » demain. Reste évidemment que cela serait grandement facilité par un changement de cap et d’équipe gouvernementale au sommet de l’État. Tout se tient en effet, mais ça, c’est une autre histoire.

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