Hollande
et Merkel (photo © AFP), entourés de Dilma Rousseff (photo DR), Poutine
(photo © Reuters), Obama (photo DR), les chefs d'État chinois Xi
Jinping (photo © Reuters) et indien Pranab Mukherjee (photo © E.
Miller/World Economic Forum).
On
en trouverait aisément la preuve dans les dérèglements et le
« délitement » des sociétés confrontées à des politiques « budgétaires »
restrictives. La misère engendrée par l’austérité ne suscite nulle part
la levée en masse des consciences mais plutôt l’obscurcissement des
perspectives émancipatrices. On le pressentait instruit par l’expérience
historique. Mais l’ampleur atteinte par la régression démocratique –
sans déchaînement de violences de masse pour l’heure – crée une
situation inédite qu’on aurait du mal à rapprocher d’un précédent
historique, y compris celui qui préfigura les drames de la seconde
guerre mondiale.
La
Grèce et l’Italie, par exemple, ont vu des majorités et des
gouvernements élus mis sur la touche et promptement remplacés au plus
fort de « leur » crise par des fondés de pouvoir du monde de la finance.
Suscitant d’abord l’indignation démocratique et la mobilisation
populaire, ces gouvernements par défaut se sont banalisés au point de
prétendre incarner une transition vers le retour à la normalité, voire
un rempart contre les débordements populistes. En vain, car les scrutins
organisés par leurs soins ont débouché sur de nouvelles impuissances
démocratiques. Le mal est en effet plus profond. Il ne relève pas de la
parenthèse.
La
perspective aujourd’hui la plus probable est celle d’une récession
généralisée, mondiale cette fois. Rien ni personne n’y échapperait. Ni
les vieux « centres », européen, nord-américain, japonais. Ni même les Brics
– Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud – hier flamboyants et
aujourd’hui chancelants à des degrés divers, confrontés à l’édification
d’un marché intérieur et aux développements démocratiques qu’il suppose.
Aucune autre région du monde ne serait en mesure de s’improviser comme
la « locomotive » du redémarrage, d’un retour à l’expansion salvatrice.
Or, les avancées humaines, sociales et démocratiques par des progrès
partagés, fût-ce de manière particulièrement injuste, nécessitent
toujours le développement économique. N’en déplaise aux adeptes de la
« décroissance ».
Les
politiques d’austérité ont contrarié le développement à l’échelle
planétaire en dépit du foisonnement des connaissances de l’humanité.
Elles ont freiné, entravé le développement des « forces productives »
sans déclencher, jusqu’à maintenant du moins, une involution.
L’austérité a été partout ou presque condamnée pour ses effets sociaux
délétères, ici comme ailleurs. Elle est de plus en plus systématiquement
contestée pour ses conséquences économiques s’affirmant comme un
« non-sens » historique. Elle est moins perçue en revanche comme un
facteur de « délitement » démocratique alors qu’elle désespère l’humain
le rejetant dans le néant du sous-développement et de la lutte pour la
survie.
L’UE
en est l’illustration la plus probante. Les Européens sont victimes de
politiques d’austérité brutales au nom d’un objectif drastique, un
déficit public inférieur à 3 % du Pib, quitte d’ailleurs à être moins
regardant sur la dette qui dépasse, presque partout et de loin, le ratio
des 60 % du PIB acté à Maastricht. À quelques exceptions près, on s’est
pourtant éloigné des objectifs proclamés de déficit parce que
l’austérité a produit un résultat inverse. Les délais ne changent rien à
l’affaire car le Pacte budgétaire prévoit un déficit public inférieur à
0,5 % en 2018... Autrement dit, à supposer qu’un État comme la France
réduise son déficit à moins de 3 % en 2015, ce ne serait que le prélude à
de nouvelles restrictions budgétaires.
Le
système « austéritaire » est ainsi devenu « fou » et autoalimente les
régressions en série sur le plan social comme sur les plans économique
et démocratique. Il détruit tout car les restrictions en chaîne ne
garantissent qu’une seule réalité, celle des récessions, fragilisant y
compris le système bancaire. L’ivresse euphorisante des places
boursières ne doit pas faire illusion. Elle s’apparente en effet au fait
de « boire pour oublier », ce qui n’est bien sûr d’aucun secours. Et il
est vain de tenter de ruser avec les faits comme s’y essayent Hollande
et quelques autres dirigeants européens. Avec l’austérité, il n’y a pas
« d’après ». Il n’y a que des lendemains plus cruels que la veille.
La
situation nord-américaine en propose une autre version avec un déficit
public réduit formellement de 7 à 4 % du Pib cette année par les
restrictions fédérales automatiques faute d’un accord bipartisan sur le
mur de la dette et le relèvement de son plafond légal. Seule la
politique extrêmement accommodante de la Réserve fédérale, qui injecte
quelque 85 milliards de dollars chaque mois dans l’économie américaine,
permet « d’amortir » le choc et de masquer l’impasse. Ce n’est pas une
politique faite pour durer mais un pis-aller. Une situation qui ouvre
surtout la possibilité d’un brusque effondrement monétaire tant il est
vrai que les « bilans » bancaires, y compris ceux des banques centrales,
ne sont pas extensibles sans limites, sauf pour un temps et dans les
économies casino.
La
perspective fédéraliste en Europe est dans ces conditions l’alternative
objective à l’austérité. Elle est tout autant un gigantesque défi
démocratique. Elle est nécessaire pour changer d’échelle et sortir de
l’austérité par le haut. Aucun État membre ne peut y parvenir sur ses
seules bases. Le repli national, la tentation du « circuit fermé » ne
sont que leurres grossiers. Le recours à des emprunts massifs mutualisés
pour relancer la machine est indispensable. Il suppose non un simple
« gouvernement économique » mais bien un État fédéral dont la signature
serait sans commune mesure avec celles de ses États membres
additionnées. Mais une telle perspective ne se gagne pas en un jour et
par quelques tours de passe-passe. Elle requiert le passage obligé par
la mobilisation démocratique des peuples concernés. C’est tout le
problème.
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