mardi 21 mai 2013

Le monde miné par l'austérité européenne

Le monde miné par l'austérité européenne
Hollande et Merkel (photo © AFP), entourés de Dilma Rousseff (photo DR), Poutine (photo © Reuters), Obama (photo DR), les chefs d'État chinois Xi Jinping (photo © Reuters) et indien Pranab Mukherjee (photo © E. Miller/World Economic Forum).


Les politiques « restrictives », parvenues à maturité, sapent tous les fondements d’une société de progrès et de développement humain.

On en trouverait aisément la preuve dans les dérèglements et le « délitement » des sociétés confrontées à des politiques « budgétaires » restrictives. La misère engendrée par l’austérité ne suscite nulle part la levée en masse des consciences  mais plutôt l’obscurcissement des perspectives émancipatrices. On le pressentait instruit par l’expérience historique. Mais l’ampleur atteinte par la régression démocratique – sans déchaînement de violences de masse pour l’heure – crée une situation inédite qu’on aurait du mal à rapprocher d’un précédent historique, y compris celui qui préfigura les drames de la seconde guerre mondiale.

La Grèce et l’Italie, par exemple, ont vu des majorités et des gouvernements élus mis sur la touche et promptement remplacés au plus fort de « leur » crise par des fondés de pouvoir du monde de la finance. Suscitant d’abord l’indignation démocratique et la mobilisation populaire, ces gouvernements par défaut se sont banalisés au point de prétendre incarner une transition vers le retour à la normalité, voire un rempart contre les débordements populistes. En vain, car les scrutins organisés par leurs soins ont débouché sur de nouvelles impuissances démocratiques. Le mal est en effet plus profond. Il ne relève pas de la parenthèse.

La perspective aujourd’hui la plus probable est celle d’une récession généralisée, mondiale cette fois. Rien ni personne n’y échapperait. Ni les vieux « centres », européen, nord-américain, japonais. Ni même les Brics – Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud – hier flamboyants et aujourd’hui chancelants à des degrés divers, confrontés à l’édification d’un marché intérieur et aux développements démocratiques qu’il suppose. Aucune autre région du monde ne serait en mesure de s’improviser comme la « locomotive » du redémarrage, d’un retour à l’expansion salvatrice. Or, les avancées humaines, sociales et démocratiques par des progrès partagés, fût-ce de manière particulièrement injuste, nécessitent toujours le développement économique. N’en déplaise aux adeptes de la « décroissance ».

Les politiques d’austérité ont contrarié le développement à l’échelle planétaire en dépit du foisonnement des connaissances de l’humanité. Elles ont freiné, entravé le développement des « forces productives » sans déclencher, jusqu’à maintenant du moins, une involution. L’austérité a été partout ou presque condamnée pour ses effets sociaux délétères, ici comme ailleurs. Elle est de plus en plus systématiquement contestée pour ses conséquences économiques s’affirmant comme un « non-sens » historique. Elle est moins perçue en revanche comme un facteur de « délitement » démocratique alors qu’elle désespère l’humain le rejetant dans le néant du sous-développement et de la lutte pour la survie.

L’UE en est l’illustration la plus probante. Les Européens sont victimes de politiques d’austérité brutales au nom d’un objectif drastique, un déficit public inférieur à 3 % du Pib, quitte d’ailleurs à être moins regardant sur la dette qui dépasse, presque partout et de loin, le ratio des 60 % du PIB acté à Maastricht. À quelques exceptions près, on s’est pourtant éloigné des objectifs proclamés de déficit parce que l’austérité a produit un résultat inverse. Les délais ne changent rien à l’affaire car le Pacte budgétaire prévoit un déficit public inférieur à 0,5 % en 2018... Autrement dit, à supposer qu’un État comme la France réduise son déficit à moins de 3 % en 2015, ce ne serait que le prélude à de nouvelles restrictions budgétaires.

Le système « austéritaire » est ainsi devenu « fou » et autoalimente les régressions en série sur le plan social comme sur les plans économique et démocratique. Il détruit tout car les restrictions en chaîne ne garantissent qu’une seule réalité, celle des récessions, fragilisant y compris le système bancaire. L’ivresse euphorisante des places boursières ne doit pas faire illusion. Elle s’apparente en effet au fait de « boire pour oublier », ce qui n’est bien sûr d’aucun secours. Et il est vain de tenter de ruser avec les faits comme s’y essayent Hollande et quelques autres dirigeants européens. Avec l’austérité, il n’y a pas « d’après ». Il n’y a que des lendemains plus cruels que la veille. 

La situation nord-américaine en propose une autre version avec un déficit public réduit formellement de 7 à 4 % du Pib cette année par les restrictions fédérales automatiques faute d’un accord bipartisan sur le mur de la dette et le relèvement de son plafond légal. Seule la politique extrêmement accommodante de la Réserve fédérale, qui injecte quelque 85 milliards de dollars chaque mois dans l’économie américaine, permet « d’amortir » le choc et de masquer l’impasse. Ce n’est pas une politique faite pour durer mais un pis-aller. Une situation qui ouvre surtout la possibilité d’un brusque effondrement monétaire tant il est vrai que les « bilans » bancaires, y compris ceux des banques centrales, ne sont pas extensibles sans limites, sauf pour un temps et dans les économies casino.

La perspective fédéraliste en Europe est dans ces conditions l’alternative objective à l’austérité. Elle est tout autant un gigantesque défi démocratique. Elle est nécessaire pour changer d’échelle et sortir de l’austérité par le haut. Aucun État membre ne peut y parvenir sur ses seules bases. Le repli national, la tentation du « circuit fermé » ne sont que leurres grossiers. Le recours à des emprunts massifs mutualisés pour relancer la machine est indispensable. Il suppose non un simple « gouvernement économique » mais bien un État fédéral dont la signature serait sans commune mesure avec celles de ses États membres additionnées. Mais une telle perspective ne se gagne pas en un jour et par quelques tours de passe-passe. Elle requiert le passage obligé par la mobilisation démocratique des peuples concernés. C’est tout le problème.

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