jeudi 30 mai 2013

L’Italie entre survie et agonie de la démocratie

L’Italie entre survie et agonie de la démocratie
Pier Luigi Bersani (photo DR), Mario Monti (photo © Ravagli/Infophoto), Beppe Grillo (photo © N. Caranti), Berlusconi (photo © R. De Luca/ Maxppp). En haut à droite, un enfant au travail dans la région de Naples, métropole particulièrement sinistrée par la misère sociale et l’emprise mafieuse (photo © Ali Yussef/AFP).


Il n’y aura pas eu de sursaut démocratique. L’Italie s’enfonce dans l’une des crises les plus graves de son histoire sur fond de dérives « populistes » antieuropéennes.
On peut le dire « sobrement » à la manière du principal dirigeant du parti démocrate, Luigi Bersani, en constatant que la situation est « très délicate ». Les bourses le signifient plus brutalement ce matin avec à la clé un élargissement de l’écart –  Spread – entre taux italiens et taux allemands sur les marchés. Les résultats des élections générales italiennes sont en tout état de cause une mauvaise nouvelle  pour les Européens. La gauche l’emporte certes à la chambre des députés du Parlement, mais au Sénat, elle ne peut espérer former une majorité avec les maigres troupes de Monti. Le pays est donc ingouvernable.

Pire, ce sont les forces « populistes », la droite et l’extrême droite qui sont en situation non pas de gouverner mais de « surfer » sur la crise en attendant de nouvelles et probables élections sénatoriales ou générales. Le mouvement 5 Étoiles de Grillo, ex-comique reconverti en politicien irresponsable, obtient près de 25 % des suffrages dans les deux chambres. Il disposera d’une soixantaine de Sénateurs « imprévisibles » et porteurs d’une exigence de référendum sur l’euro. De leur côté, Berlusconi et sa coalition reviennent en force au Sénat. Énième retour sur le devant de la scène du démagogue et milliardaire maffieux qui a mis le pays à genoux et en coupe réglée lors de ses précédents mandats.

L’austérité subie durement par les Italiens explique en partie ce sombre résultat sur fond de profonde récession (-2,7 % en 2012). La gauche ou la coalition autour du PD qui en tient lieu est depuis longtemps sur la défensive, sans perspective de changement réel. Elle apparaît avant tout comme une force gestionnaire, incapable de renverser la tendance. La parenthèse Monti d’un gouvernement de « sauvegarde nationale » soutenu par tous les partis a été vécue comme une confiscation par l’Europe, au moins autant que par les marchés, des droits démocratiques des Italiens à choisir leurs dirigeants. Le Président du Conseil sortant et sa coalition du centre obtiennent moins de 10 % des suffrages.

Le drame italien qui n’en finit pas de produire de prétendues mauvaises « surprises » renvoie aussi aux jeux des forces qui « travaillent » les populations, celles des mafias comme celle de l’Église catholique. La corruption endémique n’affecte pas la seule sphère politique mais l’ensemble de la société. Les prébendes multiples, une économie souterraine florissante et la force correspondante des pouvoirs locaux ont largement contribué à défigurer un système démocratique formel. Les opérations à répétition visant à  « moraliser » les pratiques politiques, faute de déboucher sur de réels progrès, encouragent à leur tour les démagogies en tout genre. Cercle vicieux dont les Italiens et les Européens paient aujourd’hui le prix fort.

Dans ce contexte, l’Europe est désignée comme le bouc émissaire idéal. Le sauvetage du pays par la BCE n’en est pas moins une réalité pesant quelque cent milliards en rachat d’obligations sur une dette souveraine astronomique. Mais tout se conjugue pour inverser la charge de la preuve dans l’opinion, de la politique d’austérité, attribuée à la domination allemande, aux mauvaises manières de la « classe » politique locale. Si bien que comme le dit Enrico Letta, le secrétaire général adjoint du PD, «55 % à 60 % des électeurs italiens ont voté brutalement contre l'euro, l'Europe, Merkel et l'Allemagne».Une situation particulièrement inquiétante qui appelle au discernement et donc à la réorientation profonde des politiques européennes.

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