Manifestation
devant le parlement chypriote lundi à Nicosie (photo © Y.
Karahalis/Reuters). Misère et retrait de liquide devant un distributeur
de Nicosie dimanche (photo © P. Karadjias/AP/SIPA). Le président
chypriote N. Anastasiades serrant la main du président du Parlement Y.
Omirou, hier à NIcosie (photo © S. Ioannides/afp.com).
Chypre
dans sa partie européenne – d’origine grecque – est incontestablement
un paradis fiscal. La population a le sentiment qu’elle doit sa
prospérité relative – ce n’est pas sans fondement – au statut de place
financière offshorede cette partie de l’île. Les
partis chypriotes, y compris à gauche – 19 députés communistes et 5
socialistes sur 56 –, le pensent aussi l’assimilant à un intérêt
national supérieur. Ce sont pourtant les opérateurs étrangers qui
bénéficient d’abord des largesses fiscales, les autochtones n’en
récoltant que les « miettes ». Et naturellement, cela s’accompagne d’un
développement anarchique fondé sur la banque et l’immobilier faisant fi
des considérations sociales et écologiques.
Le
système bancaire est hypertrophié, cumulant plus de 80 milliards
d’euros de bilan sans rapport avec la production de richesses dans
l’île. Ce sont les avoirs russes qui dominent même s’ils ne sont pas les
seuls. L’agence de notation Moody’s les évaluait en septembre dernier à
presque vingt milliards de dollars pour ce qui concerne les sociétés
russes identifiées. Elle y ajoutait quelque 12 milliards de dollars
détenus par les banques russes chez leurs homologues chypriotes. Des
fonds, souvent d’origine douteuse quand ce n’est pas d’origine mafieuse
avérée, bénéficiant d’une exonération fiscale à peu près totale. Autant
donc de caractéristiques types d’une place offshore.
Comme
dans d’autres États de la zone euro, le système bancaire a été
fragilisé par une gestion hasardeuse sans considération pour les règles
prudentielles les plus élémentaires. Le risque de faillite, faute de
recapitalisation, des deux principaux établissements menace, avec à la
clé des conséquences imprévisibles, y compris au plan systémique. L’on
manque, heureusement, d’expérience en la matière depuis la faillite
retentissante de Lehman Brothersen octobre 2008… À
moins de jouer les apprentis sorciers, nul ne peut revendiquer le
« libre jeu » des mécanismes de marché. Ni même compter sur Moscou et
ses prêts – 2,5 milliards proposés – pour rétablir la situation.
La réassurance n’est pas un droit
L’Eurogroupe
qui tient lieu de gouvernement économique de la zone se dit prêt à une
modulation différente qui exonérerait totalement les « petits
épargnants » en renvoyant le gouvernement et le Parlement chypriotes à
leurs responsabilités. Dans l’hypothèse où ceux-ci seraient exonérés
jusqu’à 100 000 euros d’avoirs, les mieux lotis se verraient taxer à
hauteur de 15,6 %.... étant entendu qu’au total le prélèvement devra
atteindre 5,8 milliards d’euros. Les relais des marchés dont le Premier
ministre du principal paradis fiscal européen, le Luxembourgeois Junker,
se disent inquiets d’une possible « rupture de confiance avec les marchés, voire avec les citoyens».
Ce
chœur hypocrite des « pleureuses » ne doit pas pouvoir compter sur les
approximations d’une gauche qui serait incapable de décrypter le réel
en ne distinguant pas ce qui fut fait jusqu’alors et que nous avons
condamné et ce qui est proposé aujourd’hui à Chypre. Il est pour le
moins raisonnable de faire contribuer les intérêts privés au sauvetage
des banques d’un pays, à plus forte raison quand ces intérêts ont
profité sans compter, sans impôts et au détriment de l’intérêt général
de celui-ci. À ce titre, le plan pour Chypre avec la contribution exigée
des avoirs privés s’apparente davantage à la décote imposée aux avoirs
des banques sur la dette souveraine grecque qu’à une « spoliation
injuste ».
Au-delà,
le statut de l’île ne pourra évoluer que dans la perspective d’une
réunification des deux parties, dites grecque et turque, même si
celle-ci n’est guère envisageable sans l’intégration de la Turquie à
l’UE. Pour l’heure, ce n’est pas à l’ordre du jour en raison des
oppositions réitérées de la plupart des droites européennes et de leurs
flancs droits, populistes et extrémistes. Il faut donc résoudre le
problème de l’heure, le sauvetage des banques de la partie grecque de
l’île, sans reculer devant la coalition desmarchés, de Poutine et
de ce que le monde compte de banquiers intéressés à une réassurance
gratuite de leurs actions par la puissance publique.
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