mardi 19 mars 2013

Chypre victime d’une « folie austéritaire » de l’UE ?

Chypre victime d’une « folie austéritaire » de l’UE ?
Manifestation devant le parlement chypriote lundi à Nicosie (photo © Y. Karahalis/Reuters). Misère et retrait de liquide devant un distributeur de Nicosie dimanche (photo © P. Karadjias/AP/SIPA). Le président chypriote N. Anastasiades serrant la main du président du Parlement Y. Omirou, hier à NIcosie (photo © S. Ioannides/afp.com).


De Poutine aux banquiers d’ici et d’ailleurs en passant par Junker, ils sont mobilisés pour refuser la contribution des intérêts privés au sauvetage des banques chypriotes. Nous ne leur emboîterons pas le pas. Pourquoi ?

Chypre dans sa partie européenne – d’origine grecque – est incontestablement un paradis fiscal. La population a le sentiment qu’elle doit sa prospérité relative – ce n’est pas sans fondement – au statut de place financière offshorede cette partie de l’île. Les partis chypriotes, y compris à gauche – 19 députés communistes et 5 socialistes sur 56 –, le pensent aussi l’assimilant à un intérêt national supérieur. Ce sont pourtant les opérateurs étrangers qui bénéficient d’abord des largesses fiscales, les autochtones n’en récoltant que les « miettes ». Et naturellement, cela s’accompagne d’un développement anarchique fondé sur la banque et l’immobilier faisant fi des considérations sociales et écologiques.

Le système bancaire est hypertrophié, cumulant plus de 80 milliards d’euros de bilan sans rapport avec la production de richesses dans l’île. Ce sont les avoirs russes qui dominent même s’ils ne sont pas les seuls. L’agence  de notation Moody’s les évaluait en septembre dernier à presque vingt milliards de dollars pour ce qui concerne les sociétés russes identifiées. Elle y ajoutait quelque 12 milliards de dollars détenus par les banques russes chez leurs homologues chypriotes. Des fonds, souvent d’origine douteuse quand ce n’est pas d’origine mafieuse avérée, bénéficiant d’une exonération fiscale à peu près totale. Autant donc de caractéristiques types d’une place offshore.

Comme dans d’autres États de la zone euro, le système bancaire a été fragilisé par une gestion hasardeuse sans considération pour les règles prudentielles les plus élémentaires. Le risque de faillite, faute de recapitalisation, des deux principaux établissements menace, avec à la clé des conséquences imprévisibles, y compris au plan systémique. L’on manque, heureusement, d’expérience en la matière depuis la faillite retentissante de Lehman Brothersen octobre 2008… À moins de jouer les apprentis sorciers, nul ne peut revendiquer le « libre jeu » des mécanismes de marché. Ni même compter sur Moscou et ses prêts – 2,5 milliards proposés – pour rétablir la situation.

La réassurance n’est pas un droit

L’Eurogroupe qui tient lieu de gouvernement économique de la zone se dit prêt à une modulation différente qui exonérerait totalement les « petits épargnants » en renvoyant le gouvernement et le Parlement chypriotes à leurs responsabilités.  Dans l’hypothèse où ceux-ci seraient exonérés jusqu’à 100 000 euros d’avoirs, les mieux lotis se verraient taxer à hauteur de 15,6 %.... étant entendu qu’au total le prélèvement devra atteindre 5,8 milliards d’euros. Les relais des marchés dont le Premier ministre du principal paradis fiscal européen, le Luxembourgeois Junker, se disent inquiets d’une possible « rupture de confiance avec les marchés, voire avec les citoyens».

Ce chœur hypocrite des « pleureuses » ne doit pas pouvoir compter sur les approximations d’une gauche qui serait incapable de décrypter le réel en ne distinguant pas ce qui fut fait jusqu’alors et que nous avons condamné et ce qui est proposé aujourd’hui à Chypre. Il est pour le moins raisonnable de faire contribuer les intérêts privés au sauvetage des banques d’un pays, à plus forte raison quand ces intérêts ont profité sans compter, sans impôts et au détriment de l’intérêt général de celui-ci. À ce titre, le plan pour Chypre avec la contribution exigée des avoirs privés s’apparente davantage à la décote imposée aux avoirs des banques sur la dette souveraine grecque qu’à une « spoliation injuste ».

Au-delà, le statut de l’île ne pourra évoluer que dans la perspective d’une réunification des deux parties, dites grecque et turque, même si celle-ci n’est guère envisageable sans l’intégration de la Turquie à l’UE. Pour l’heure, ce n’est pas à l’ordre du jour en raison des oppositions réitérées de la plupart des droites européennes et de leurs flancs droits, populistes et extrémistes. Il faut donc résoudre le problème de l’heure, le sauvetage des banques de la partie grecque de l’île, sans reculer devant la coalition desmarchés, de Poutine et de ce que le monde compte de banquiers intéressés à une réassurance gratuite de leurs actions par la puissance publique.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire