Dans une agence Pôle Emploi à Arras en octobre 2012. Photo © Ph. Huguen/AFP
L’Europe
s’enfonce dans une dépression profonde, continue ou presque depuis
plusieurs années. Aucune région, aucun pays n’y échappe. Les rares
« exceptions » ne font que confirmer la règle. La règle justement qui a
conduit les Européens dans ce véritable coupe-gorge social que sont
devenues les sociétés de la partie du monde pourtant la plus développée.
Et pourtant, rien n’y fait. Des gouvernements sans la moindre
sensibilité aux souffrances des populations, sans imagination, sans
vision pour demain, accentuent la crise que leurs politiques
restrictives ont rendue possible et permanente.
On
ne compte pas moins de 26 millions de chômeurs en Europe. Il arrive
même parfois qu’un être humain, arrivé au bout du rouleau, s’immole
comme à Saint-Ouen ou à Nantes la semaine dernière, devant une agence de
Pôle emploi. Et qu’arrive-t-il alors ? Les ministres y vont de
l’expression de leur « émotion »... et puis rien. Pour mémoire, c’est un
fait, un acte semblable qui a conduit à la levée en masse du peuple
tunisien aux premières heures des printemps arabes. Raison de plus pour
ne pas jeter le manche après la cognée. Il y a en effet dans la
situation actuelle, tous les éléments pour renverser la tendance.
La
droite ose encore « pérorer », elle que tout accuse. L’un prétend
déposer une motion de censure, une autre s’installer à Paris et un
troisième qui fait mine de ne rien dire songerait à revenir en 2017.
Tous, tous courants confondus, ont un bilan qui s’apprécie en un seul
fait chiffré. La France n’a pas connu d’augmentation de son produit
intérieur brut de 2006 à 2012. Le quinquennat de Sarkozy restera aux
yeux de l’histoire comme celui d’une stagnation économique, sans aucun
précédent, y compris en temps de guerre. Et bien évidemment, la
stagnation du Pib se décline forcément en régression sociale.
La
gauche est divisée. Sa composante majoritaire se cantonne dans
l’à-peu-près d’une gestion improbable. L’équipe Ayrault a d’abord
abandonné la réforme fiscale. Elle a reculé devant le patronat au point
de lui concéder 20 milliards d’euros au nom d’une compétitivité qu’elle
ne renforcera aucunement ainsi alors que c’est possible et nécessaire.
Elle s’apprête à finaliser un accord « social » de dupes au profit d’une
patronne du Medef contestée par les siens et d’un syndicat minoritaire.
Elle bricole une réforme bancaire inconsistante. Elle en vient à
reconnaître que ses prévisions de croissance étaient fantaisistes, voire
insincères. Et pire peut-être, à la faveur de cet aveu, elle s’apprête à
renoncer à une vraie réforme territoriale. C’était prévisible !
L’heure
est donc venue de remettre le cours des choses à l’endroit, en
changeant de politique, en changeant d’équipe, en associant toutes les
composantes de la gauche à une réorientation indispensable. Il faut
raisonner et gouverner autrement. Faute de quoi, le pays et l’Europe
avec lui continueront de s’enfoncer dans une crise aux multiples
dimensions économiques, sociales, culturelles qui ruine l’avenir de nos
sociétés. Une autre politique n’est pas hors de portée. C’est affaire de
volonté politique. Et si cela n’est pas fait, maintenant, rapidement,
alors, la gauche prendrait le risque de défaites cuisantes lors des
prochaines consultations électorales – municipales, européennes,
cantonales, sénatoriales. À ce stade, ce n’est plus une hypothèse mais
une certitude.
Rouvrons
le dossier de la fiscalité pour dégager de manière équitable les marges
de manœuvre qui permettront de relancer la croissance. Ouvrons
réellement le dossier de la réforme territoriale avec le double objectif
d’une simplification de l’organigramme – avec plusieurs dizaines de
milliards d’économies à la clé – et d’un renforcement des services
publics. Rouvrons le dossier de la réforme bancaire en imposant aux
banques une « tenue du crédit » conforme aux besoins des entreprises et
des particuliers. Rouvrons le dossier de la protection sociale et des
retraites en unifiant à un haut niveau socialement nécessaire les
prestations. Refusons avec la majorité du Parlement européen le cours
durablement régressif des budgets à venir voulu par les gouvernements de
droite. Ce sont là les priorités de l’heure et il y a urgence !
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