mercredi 23 janvier 2013

Berlin, Washington : l’Europe et le monde en dépression

Berlin, Washington : l’Europe et le monde en dépression

F. Hollande et A. Merkel à Berlin, le 21 janvier 2013, à la veille du 50e anniversaire du traité d'amitié. Photo © Odd Andersen/AFP. Les époux Obama, le même jour, rejoignant la Maison Blanche après la cérémonie d'investiture de Barack Obama. Photo © Charles Dharapak/Associated Press


Les médias le soulignent, non sans raison, le cinquantenaire du Traité de l’Élysée aura laissé tout le monde sur sa faim et ce n’est guère surprenant. De même, l’investiture d’Obama II.
 

L’Europe est en grande dépression dans un monde en crise. Les symptômes de la maladie se multiplient. Ainsi quand le Pentagone prétend faire payer à la France, avant d’y renoncer, quelques rotations d’avion en direction du Mali, il ne fait pas dans la « grande stratégie ». Il avoue simplement que pour lui aussi les fins de mois sont difficiles. Et que dire du nouveau gouvernement de droite au Japon qui fixe avec la banque centrale locale un objectif d’inflation de 2 %, non parce que les prix auraient dérapé – ils sont au contraire désespérément sages – mais parce qu’il cherche ainsi à « sortir de 15 ans de déflation ». L’on pourrait continuer ainsi longtemps…

Aux quatre coins du monde, la tendance est donc à la recherche d’une consolidation prudente d’économies « réelles » en crise car tous les gouvernements savent à quoi s’en tenir sur les perspectives prévisibles. Personne n’y échappe, y compris les grands émergents qui voient leur croissance ralentir plus ou moins brutalement. Pour autant, tout le monde n’est pas à la diète. Certains mêmes continuent de « se gaver » sans la moindre retenue, mais il ne s’agit pas d’États, de zones ou de pays, mais des fleurons du secteur bancaire, spécialement dit « d’investissement » alors même que les investissements dans les économies réelles sont partout en berne. Goldman Sachs a par exemple doublé ses bénéfices en 2012. Du 100 % l’an, qui dit mieux ?

En Europe, les «  performances » des « banques » sont plus mesurées mais les  françaises, les italiennes et même certaines espagnoles en croquent à pleines dents. Sur ce plan, les allemandes font en revanche grise mine. Comme quoi une industrie financière florissante ne va pas forcément de pair avec une économie en relative bonne santé. Rassemblées en un puissant lobby, elles sont en train d’obtenir que les mesures prudentielles – niveau de fonds propres notamment – adoptées dans le cadre des accords dits de Bâle III avec la puissance publique soient assouplies ou différées. En France, s’y ajoute une réforme bancaire évanescente parce que déjà vidée de ses ambitions initiales, quoi qu’en dise Moscovici.

Dans ce contexte, neuf États membres de l’UE dont la France, l’Allemagne et l’Italie peuvent bien adopter une taxation des transactions financières. Les banquiers n’ont même pas peur… Voilà où en sont les peuples, les gouvernements, les États face à des intérêts privés qui font la pluie et le beau temps à leur guise. Certes, on ne dira jamais assez la fragilité et la précarité de cet ordre fiduciaire, il n’en demeure pas moins vrai que c’est lui qui domine aujourd’hui rendant la parole publique inaudible parce que non crédible. Ainsi en va-t-il des nouvelles promesses de Merkel et Hollande à Berlin qui « feront ensemble des propositions d’ici juin »… Au-delà des accents retrouvés de sa première investiture, Barak Obama n’aura pas fait mieux à Washington.

« Demain, on ne rasera peut-être pas gratis, mais ça ira mieux pour peu que vous acceptiez de vous serrer davantage la ceinture », telle est la substance du discours public des gouvernements. D’où l’importance d’une reconquête point par point de l’opinion avec le double objectif de « conjurer la catastrophe » et de redonner un espoir raisonnable aux peuples avec une perspective crédible de changement. C’est le sens des campagnes contre l’austérité et ceux qui en décident, en France et en Europe. Elles ne visent pas seulement à combattre des politiques restrictives, contraintes mais conjoncturelles. Elles s’opposent frontalement à une culture du renoncement au droit de vivre correctement que l’on voudrait nous imposer.

Selon ce nouveau « code » en vogue, ce qui était possible hier ne le serait plus aujourd’hui, ni surtout demain. Les salaires, pensions et prestations sociales seraient trop élevés… mais pas les profits bancaires bien sûr ! La Cour des comptes préconise la réduction des allocations chômage ! Parisot veut allonger l’âge légal de départ à la retraite. En avant la surenchère, rendue d’autant plus « folle » que certains dans le mouvement syndical leur prêtent la main à l’image de la direction de la CFDT. Chérèque est d’ailleurs remercié en conséquence. Nommé à l’Inspection générale des affaires sociales, il s’occupera aussi des pauvres pour le gouvernement et dirigera la fondation Terra Nova. Bonjour le cumul.... et « l’image d’indépendance », comme dit Mailly.

Tout contribue à cette offensive idéologique mortifère qui n’est rien d’autre qu’un nouveau conformisme pour temps de crise avec l’austérité comme drapeau. Il a beau être ridicule – et c’est bien ainsi qu’il sera jugé par l’histoire –, il fait en attendant beaucoup de dégâts. Y résister n’est donc pas seulement salutaire pour préserver autant que faire se peut quelques acquis sociaux en déshérence. C’est indispensable du point de vue de la marche en avant de l’humanité vers un progrès économique, social et démocratique partagé à l’échelle de l’Europe et du monde. Cela suppose d’avancer les yeux ouverts comme nous le faisons dans ces chroniques sans jamais perdre de vue l’essentiel, le sort des êtres humains réduits à la misère par les tenants de l’austérité.

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