F.
Hollande et A. Merkel à Berlin, le 21 janvier 2013, à la veille du 50e
anniversaire du traité d'amitié. Photo © Odd Andersen/AFP. Les époux
Obama, le même jour, rejoignant la Maison Blanche après la cérémonie
d'investiture de Barack Obama. Photo © Charles Dharapak/Associated Press
L’Europe
est en grande dépression dans un monde en crise. Les symptômes de la
maladie se multiplient. Ainsi quand le Pentagone prétend faire payer à
la France, avant d’y renoncer, quelques rotations d’avion en direction
du Mali, il ne fait pas dans la « grande stratégie ». Il avoue
simplement que pour lui aussi les fins de mois sont difficiles. Et que
dire du nouveau gouvernement de droite au Japon qui fixe avec la banque
centrale locale un objectif d’inflation de 2 %, non parce que les prix
auraient dérapé – ils sont au contraire désespérément sages – mais parce
qu’il cherche ainsi à « sortir de 15 ans de déflation ». L’on pourrait
continuer ainsi longtemps…
Aux
quatre coins du monde, la tendance est donc à la recherche d’une
consolidation prudente d’économies « réelles » en crise car tous les
gouvernements savent à quoi s’en tenir sur les perspectives prévisibles.
Personne n’y échappe, y compris les grands émergents qui voient leur
croissance ralentir plus ou moins brutalement. Pour autant, tout le
monde n’est pas à la diète. Certains mêmes continuent de « se gaver »
sans la moindre retenue, mais il ne s’agit pas d’États, de zones ou de
pays, mais des fleurons du secteur bancaire, spécialement dit
« d’investissement » alors même que les investissements dans les
économies réelles sont partout en berne. Goldman Sachs a par exemple
doublé ses bénéfices en 2012. Du 100 % l’an, qui dit mieux ?
En
Europe, les « performances » des « banques » sont plus mesurées mais
les françaises, les italiennes et même certaines espagnoles en croquent
à pleines dents. Sur ce plan, les allemandes font en revanche grise
mine. Comme quoi une industrie financière florissante ne va pas
forcément de pair avec une économie en relative bonne santé. Rassemblées
en un puissant lobby, elles sont en train d’obtenir que les mesures
prudentielles – niveau de fonds propres notamment – adoptées dans le
cadre des accords dits de Bâle III avec la puissance publique soient
assouplies ou différées. En France, s’y ajoute une réforme bancaire
évanescente parce que déjà vidée de ses ambitions initiales, quoi qu’en
dise Moscovici.
Dans
ce contexte, neuf États membres de l’UE dont la France, l’Allemagne et
l’Italie peuvent bien adopter une taxation des transactions financières.
Les banquiers n’ont même pas peur… Voilà où en sont les peuples, les
gouvernements, les États face à des intérêts privés qui font la pluie et
le beau temps à leur guise. Certes, on ne dira jamais assez la
fragilité et la précarité de cet ordre fiduciaire, il n’en demeure pas
moins vrai que c’est lui qui domine aujourd’hui rendant la parole
publique inaudible parce que non crédible. Ainsi en va-t-il des
nouvelles promesses de Merkel et Hollande à Berlin qui « feront ensemble
des propositions d’ici juin »… Au-delà des accents retrouvés de sa
première investiture, Barak Obama n’aura pas fait mieux à Washington.
« Demain,
on ne rasera peut-être pas gratis, mais ça ira mieux pour peu que vous
acceptiez de vous serrer davantage la ceinture », telle est la substance
du discours public des gouvernements. D’où l’importance d’une
reconquête point par point de l’opinion avec le double objectif de
« conjurer la catastrophe » et de redonner un espoir raisonnable aux
peuples avec une perspective crédible de changement. C’est le sens des
campagnes contre l’austérité et ceux qui en décident, en France et en
Europe. Elles ne visent pas seulement à combattre des politiques
restrictives, contraintes mais conjoncturelles. Elles s’opposent
frontalement à une culture du renoncement au droit de vivre correctement
que l’on voudrait nous imposer.
Selon
ce nouveau « code » en vogue, ce qui était possible hier ne le serait
plus aujourd’hui, ni surtout demain. Les salaires, pensions et
prestations sociales seraient trop élevés… mais pas les profits
bancaires bien sûr ! La Cour des comptes préconise la réduction des
allocations chômage ! Parisot veut allonger l’âge légal de départ à la
retraite. En avant la surenchère, rendue d’autant plus « folle » que
certains dans le mouvement syndical leur prêtent la main à l’image de la
direction de la CFDT. Chérèque est d’ailleurs remercié en conséquence.
Nommé à l’Inspection générale des affaires sociales, il s’occupera aussi
des pauvres pour le gouvernement et dirigera la fondation Terra Nova.
Bonjour le cumul.... et « l’image d’indépendance », comme dit Mailly.
Tout
contribue à cette offensive idéologique mortifère qui n’est rien
d’autre qu’un nouveau conformisme pour temps de crise avec l’austérité
comme drapeau. Il a beau être ridicule – et c’est bien ainsi qu’il sera
jugé par l’histoire –, il fait en attendant beaucoup de dégâts. Y
résister n’est donc pas seulement salutaire pour préserver autant que
faire se peut quelques acquis sociaux en déshérence. C’est indispensable
du point de vue de la marche en avant de l’humanité vers un progrès
économique, social et démocratique partagé à l’échelle de l’Europe et du
monde. Cela suppose d’avancer les yeux ouverts comme nous le faisons
dans ces chroniques sans jamais perdre de vue l’essentiel, le sort des
êtres humains réduits à la misère par les tenants de l’austérité.
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