lundi 28 mai 2012

Mutualiser les dettes pour sortir enfin de l’austérité

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Les dirigeants européens, dont F. Hollande et A. Merkel, étaient réunis à Bruxelles mercredi dernier pour un sommet informel portant notamment sur les perspectives de relance. 
Photo © Saul Loeb/AFP.

L’austérité continue d’apporter son lot quotidien de malheurs en Europe. François Hollande a fait un pas dans la bonne direction lors du sommet informel de Bruxelles. Mais l’urgence de la situation exige davantage.

Mutualiser les dettes souveraines à l’échelle de l’ensemble de l’Union demeure la condition pour ne pas voir la situation s’aggraver de manière irrémédiable dans plusieurs des États membres. Les écarts de taux sur le marché obligataire entre les mieux cotés et les plus mal notés atteignent en effet des records historiques.
Cela signifie que les États en difficulté voient le montant de leurs dettes augmenter mécaniquement à chaque adjudication quand l’Allemagne se finance par des emprunts à deux ans à taux zéro. Cette inégalité bafoue la solidarité communautaire et rend impossible toute perspective de relance de la croissance à l'échelle de la zone.
L’émission d’obligations européennes, proposée par Paris, va dans le bon sens à la condition de ne pas en faire un instrument réservé aux futurs emprunts dits de croissance, comme l’a laissé entendre F. Hollande. Il faut aussi que ce mécanisme serve à mutualiser les dettes du passé quitte à les « cantonner » dans un fond dédié, géré à long terme.
Sinon, les inégalités se creuseront. Les uns pourront envisager une relance de la croissance quand les autres se débatteront dans l’impossible gestion d’une dette qui continuera à les étrangler, les enfonçant dans une dépression durable qui augmentera, en retour et mécaniquement, le poids de la gestion de leur dette souveraine.
Ce serait en outre un pari dangereux compte tenu de la part des échanges intracommunautaires qui font que la progression des économies les plus performantes se heurterait rapidement à l’impossibilité d’écouler leurs productions dans une zone euro incapable de les absorber.

Les conditions pour agir sont plus favorables

Il n’y a pas en effet d’autre choix possible que celui d’une solidarité européenne réelle qui passe par un transfert de valeurs en faveur des États les plus mal lotis. L’Europe a su par le passé y avoir recours avec des retombées positives indiscutables pour tous. Elle doit, enfin, s’y résoudre pour sortir solidairement de l’austérité et de la crise.
Le rapport des forces sur ce plan a évolué positivement dans la dernière période sous la pression des peuples et face à l’inquiétude croissante des marchés eux-mêmes. La France n’est pas isolée et plusieurs autres acteurs de la scène européenne l’ont rejointe.
L’Autriche, la Belgique, la Grande-Bretagne, l’Irlande, l’Italie, le Luxembourg, la Slovaquie et la Commission européenne soutiennent le principe de l’émission d’obligations européennes même si certains le font en émettant des réserves sur certains aspects du projet. Cameron s’oppose par exemple et sans surprise à toute taxation financière.
Hors de la zone euro et de l’UE, nombre d’États encouragent les Européens à aller de l’avant dans cette perspective parce qu’ils y voient le moyen de soutenir une croissance mondiale en berne. C’est le cas des États-Unis et de la plupart des grands émergents. Le nouveau gouvernement français ne peut donc prétexter un éventuel isolement pour tergiverser.
S’y opposent en revanche l’Allemagne, la Bulgarie la Finlande, la Suède, les Pays-Bas, et bien sûr la Banque centrale européenne au nom de son statut actuel. Ceux-là entendent défendre leurs privilèges sur les marchés escomptant s’en sortir mieux seuls qu’avec tous les autres. Repli national et partis pris idéologiques se conjuguant pour refuser davantage de solidarité.
Mais au-delà de la fracture économique, c’est bien un débat d’orientation politique qui se noue. Une solidarité financière européenne n’est en effet guère envisageable sans un pas en avant, un bond diront certains, vers une intégration économique qui suppose l’affirmation d’une gouvernance fédérale, notamment au plan budgétaire.

Le temps presse, l’urgence est au rendez-vous

Il y a de plus urgence faute de quoi la situation dans trois ou six mois sera encore plus dégradée. Les récessions au pire, les stagnations au mieux sont devenues réalités pratiquement partout. L’Europe ne peut se permettre le luxe d’attendre que tous soient sur la même longueur d’onde. Elle y risquerait sa « peau ». La dépréciation de l’euro – autour de 1,25 dollar - le souligne.
C’est vrai par rapport à la Grèce qui restera sans cela incapable de retrouver un semblant de respiration économique dans un avenir prévisible. Or, le chantage exercé par le FMI et sa directrice générale en direction des Grecs constitue bien une menace non seulement pour la Grèce mais aussi pour toute l’Europe.
Christine Lagarde dit en substance aux Grecs : acceptez davantage d’austérité si vous voulez être aidés. Outre le fait que cela n’est plus possible parce que le pays est tout simplement exsangue, elle pousse au crime d’une sortie de l’euro dont certains s’accommoderaient volontiers sans en mesurer les conséquences désastreuses en Grèce et ailleurs.
Dans ce contexte, on aurait aimé entendre des paroles plus fortes de la part du nouveau gouvernement français. Certes, il affirme refuser la perspective d’une sortie de la Grèce de l’euro. C’est un minimum. Mais il ne dit pas qu’il s’y opposera par tous les moyens, y compris par ceux d’une mutualisation solidaire avec ceux qui y sont disposés.
Et puis, il y a l’Espagne où la gestion « idéologique » et bornée de Rajoy provoque des catastrophes en chaîne. Sur le marché du travail où le taux de chômage explose – 25 %. Dans le secteur bancaire où Bankia, la 4e banque espagnole, sollicite 23 milliards de l’État pour survivre. Dans les régions autonomes où la « riche » Catalogne elle-même – 20 % du Pib espagnol – reconnaît ne plus pouvoir s’en sortir seule.
L’urgence d’une solution, enfin crédible, à l’échelle de l’Europe dans son ensemble n’est pas discutable. Le sommet des « quatre » – France, Allemagne, Espagne et Italie –, à l’initiative de Mario Monti, le 22 juin prochain, atteste qu’il y a le feu à la maison commune. Pour sortir de la crise et de l’austérité, la solidarité européenne, par la mutualisation des dettes, ce doit être « maintenant » !

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