| Les dirigeants européens, dont F. Hollande et A. Merkel,
étaient réunis à Bruxelles mercredi dernier pour un sommet informel
portant notamment sur les perspectives de relance. Photo © Saul Loeb/AFP. |
L’austérité
continue d’apporter son lot quotidien de malheurs en Europe. François
Hollande a fait un pas dans la bonne direction lors du sommet informel
de Bruxelles. Mais l’urgence de la situation exige davantage.
Mutualiser
les dettes souveraines à l’échelle de l’ensemble de l’Union demeure la
condition pour ne pas voir la situation s’aggraver de manière
irrémédiable dans plusieurs des États membres. Les écarts de taux sur le
marché obligataire entre les mieux cotés et les plus mal notés
atteignent en effet des records historiques.
Cela
signifie que les États en difficulté voient le montant de leurs dettes
augmenter mécaniquement à chaque adjudication quand l’Allemagne se
finance par des emprunts à deux ans à taux zéro. Cette inégalité bafoue
la solidarité communautaire et rend impossible toute perspective de
relance de la croissance à l'échelle de la zone.
L’émission
d’obligations européennes, proposée par Paris, va dans le bon sens à la
condition de ne pas en faire un instrument réservé aux futurs emprunts
dits de croissance, comme l’a laissé entendre F. Hollande. Il faut aussi
que ce mécanisme serve à mutualiser les dettes du passé quitte à les
« cantonner » dans un fond dédié, géré à long terme.
Sinon,
les inégalités se creuseront. Les uns pourront envisager une relance de
la croissance quand les autres se débatteront dans l’impossible gestion
d’une dette qui continuera à les étrangler, les enfonçant dans une
dépression durable qui augmentera, en retour et mécaniquement, le poids
de la gestion de leur dette souveraine.
Ce
serait en outre un pari dangereux compte tenu de la part des échanges
intracommunautaires qui font que la progression des économies les plus
performantes se heurterait rapidement à l’impossibilité d’écouler leurs
productions dans une zone euro incapable de les absorber.
Les conditions pour agir sont plus favorables
Il
n’y a pas en effet d’autre choix possible que celui d’une solidarité
européenne réelle qui passe par un transfert de valeurs en faveur des
États les plus mal lotis. L’Europe a su par le passé y avoir recours
avec des retombées positives indiscutables pour tous. Elle doit, enfin,
s’y résoudre pour sortir solidairement de l’austérité et de la crise.
Le
rapport des forces sur ce plan a évolué positivement dans la dernière
période sous la pression des peuples et face à l’inquiétude croissante
des marchés eux-mêmes. La France n’est pas isolée et plusieurs autres
acteurs de la scène européenne l’ont rejointe.
L’Autriche,
la Belgique, la Grande-Bretagne, l’Irlande, l’Italie, le Luxembourg, la
Slovaquie et la Commission européenne soutiennent le principe de
l’émission d’obligations européennes même si certains le font en
émettant des réserves sur certains aspects du projet. Cameron s’oppose
par exemple et sans surprise à toute taxation financière.
Hors
de la zone euro et de l’UE, nombre d’États encouragent les Européens à
aller de l’avant dans cette perspective parce qu’ils y voient le moyen
de soutenir une croissance mondiale en berne. C’est le cas des
États-Unis et de la plupart des grands émergents. Le nouveau
gouvernement français ne peut donc prétexter un éventuel isolement pour
tergiverser.
S’y
opposent en revanche l’Allemagne, la Bulgarie la Finlande, la Suède,
les Pays-Bas, et bien sûr la Banque centrale européenne au nom de son
statut actuel. Ceux-là entendent défendre leurs privilèges sur les
marchés escomptant s’en sortir mieux seuls qu’avec tous les autres.
Repli national et partis pris idéologiques se conjuguant pour refuser
davantage de solidarité.
Mais
au-delà de la fracture économique, c’est bien un débat d’orientation
politique qui se noue. Une solidarité financière européenne n’est en
effet guère envisageable sans un pas en avant, un bond diront certains,
vers une intégration économique qui suppose l’affirmation d’une
gouvernance fédérale, notamment au plan budgétaire.
Le temps presse, l’urgence est au rendez-vous
Il
y a de plus urgence faute de quoi la situation dans trois ou six mois
sera encore plus dégradée. Les récessions au pire, les stagnations au
mieux sont devenues réalités pratiquement partout. L’Europe ne peut se
permettre le luxe d’attendre que tous soient sur la même longueur
d’onde. Elle y risquerait sa « peau ». La dépréciation de l’euro –
autour de 1,25 dollar - le souligne.
C’est
vrai par rapport à la Grèce qui restera sans cela incapable de
retrouver un semblant de respiration économique dans un avenir
prévisible. Or, le chantage exercé par le FMI et sa directrice générale
en direction des Grecs constitue bien une menace non seulement pour la
Grèce mais aussi pour toute l’Europe.
Christine
Lagarde dit en substance aux Grecs : acceptez davantage d’austérité si
vous voulez être aidés. Outre le fait que cela n’est plus possible parce
que le pays est tout simplement exsangue, elle pousse au crime d’une
sortie de l’euro dont certains s’accommoderaient volontiers sans en
mesurer les conséquences désastreuses en Grèce et ailleurs.
Dans
ce contexte, on aurait aimé entendre des paroles plus fortes de la part
du nouveau gouvernement français. Certes, il affirme refuser la
perspective d’une sortie de la Grèce de l’euro. C’est un minimum. Mais
il ne dit pas qu’il s’y opposera par tous les moyens, y compris par ceux
d’une mutualisation solidaire avec ceux qui y sont disposés.
Et
puis, il y a l’Espagne où la gestion « idéologique » et bornée de Rajoy
provoque des catastrophes en chaîne. Sur le marché du travail où le
taux de chômage explose – 25 %. Dans le secteur bancaire où Bankia, la
4e banque espagnole, sollicite 23 milliards de l’État pour survivre.
Dans les régions autonomes où la « riche » Catalogne elle-même – 20 % du
Pib espagnol – reconnaît ne plus pouvoir s’en sortir seule.
L’urgence
d’une solution, enfin crédible, à l’échelle de l’Europe dans son
ensemble n’est pas discutable. Le sommet des « quatre » – France,
Allemagne, Espagne et Italie –, à l’initiative de Mario Monti, le 22
juin prochain, atteste qu’il y a le feu à la maison commune. Pour sortir
de la crise et de l’austérité, la solidarité européenne, par la
mutualisation des dettes, ce doit être « maintenant » !
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