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Les
atteintes à la « démocratie » sont sous les feux de la rampe, en France
comme en Grèce. Partisans d’une VIe République, d’une « révolution »
démocratique, remettons les institutions à l’endroit.
Il
y a tout lieu de s’insurger contre les pratiques de Sarkozy en ce
domaine aussi, bien sûr. Il restera comme le Président des passages en
force, contre « la rue » – il le revendique sur la réforme des retraites
– mais aussi contre le Parlement et plus généralement contre tous les
« corps intermédiaires ». La « raison » prétendument éclairée d’un seul
contre tous les autres. À ce titre déjà, ces réminiscences d’Ancien
régime sont ridicules.
Mais
ce n’est pas franchement nouveau en France qui fait figure d’exception
en Europe. De Gaulle, quelle que soit la vision qu’on peut lui
reconnaître durant la seconde guerre mondiale ou lors de la
décolonisation, considérait, lui aussi, la démocratie comme bien peu de
chose (votez, je ferai le reste). Les ordonnances de 1967 sur la
sécurité sociale en furent la plus parfaite illustration et n’ont pas
été sans incidence sur Mai 1968.
Tradition
française donc d’une Ve République accouchée par les barbouzes
gaullistes d’Alger, régime du « coup d’État permanent » comme la
qualifia Mitterrand avant d’en incarner lui-même la posture la plus
antidémocratique, celle justement du monarque républicain, les
institutions françaises n’ont pratiquement jamais été démocratiques. À
une exception près, celle de la Commune de Paris de 1871, pendant un peu
plus de deux mois !
Les
référendums de Sarkozy ne sont rien d’autre qu’une « trouvaille »
électorale pour dire trois choses à l’électeur. Un, « j’ai changé »...
un quasi « je vous ai compris ». Deux, désigner des boucs émissaires,
les chômeurs ou les immigrés. Trois, revendiquer plus de pouvoirs contre
le « conservatisme » des corps intermédiaires. En un mot, le référendum
d’aujourd’hui chez Sarkozy n’est pas différent de son « coup de
karcher » d’hier.
La proportionnelle à tous les niveaux
L’équation
démocratique s’organise en trois termes, la proportionnelle, la
Constituante et la souveraineté parlementaire. Au-delà, la démocratie ne
devient « vertueuse » parce qu’efficace que si elle affecte toute la
société, sa gestion économique et sociale autant que sa gestion
politique.... La démocratie vaut au travail comme dans la cité.
La
proportionnelle de liste dans tous les scrutins, locaux, nationaux ou
européens est la seule manière de représenter l’opinion dans sa
diversité et de fonder la légitimité des élus. Y renoncer revient à
saper la représentativité des organismes issus d’autres modes de
scrutin, au risque de distorsions toujours lourdes de conséquences.
C’est ainsi qu’une Chambre bleu horizon fut élue après la plus grande
mobilisation sociale – 11 millions de grévistes - de notre histoire en
1968.
La
proportionnelle de liste cumule d’autres avantages. Elle permet une
parité des genres, imposée par la loi, et qui sera nécessaire aussi
longtemps qu’elle ne sera pas inscrite comme « normalité » dans la
société. Elle permet de renouveler par le rajeunissement les élus à plus
forte raison si on l’accompagne de l’interdiction du cumul et d’une
limitation dans le temps de l’exercice des mandats. Elle supprime enfin
le « charcutage » de circonscriptions plus petites.
Une Constituante pour la loi fondamentale
Le
second terme de l’équation démocratique, un processus constituant, vise
à établir la règle commune fondamentale, celle du « vivre ensemble »
citoyen. La Constitution antidémocratique de la Ve République a fait son
temps. Le triste état du pays et la nécessité de le reconstruire
supposent de s’entendre en effet sur ce que nous voulons rebâtir
ensemble.
La
France a connu un processus constituant à la Libération. Sans ce
recours, le Programme du Conseil national de la Résistance (CNR)
n’aurait pas eu le caractère fondateur qu’il y a acquis en de nombreux
domaines et que les droites n’ont eu de cesse de « détricoter ». Quand
la population s’empare d’un programme, il cesse en effet d’être simple
proposition pour devenir le moyen même de l’action. La démarche du Front
de gauche n’est pas différente.
Le
processus constituant passe par un vaste débat, une campagne ouverte à
tous les courants et l’élection de délégués qui travailleront en plénums
et en commissions ponctués de nombreux allers et retours avec ceux qui
les ont élus. Au final, après des mois d’échanges, d’explication et de
mobilisation électorale, le peuple tranchera pour ratifier ou invalider
le projet de nouvelle Constitution. C’est la seule manière de garantir
que la loi du plus grand nombre s’impose contre les petits et grands
arrangements.
La souveraineté d’accord mais laquelle ?
La
souveraineté consiste à avoir le dernier mot, celui de l’autorité
suprême. Elle dépend du choix de l’architecture institutionnelle. Élire
le Président au suffrage universel direct revient à l’investir de cette
autorité sans contrepartie. La confier à un seul est déjà déraisonnable,
à plus forte raison quand il devient la clé de voûte de tout, chef des
armées, garant de l’indépendance de la justice, dépositaire du droit de
dissolution du Parlement...
Cette
confiscation légale du pouvoir par le locataire de l’Élysée n’est pas
démocratique. Cinq ans de pleins pouvoirs ou presque, c’est plus que
n’en peut supporter un peuple libre. Il faut donc abolir l’élection du
Président au suffrage universel en France et s’y opposer pour ce qui
concerne l’éventuelle élection d’un Président européen demain. C’est à
l’Assemblée d’élire le premier responsable du gouvernement. C’est à elle
qu’il doit rendre des comptes. C’est elle qui doit pouvoir le démettre.
La
souveraineté est souvent qualifiée de « nationale ». Legs de l’histoire
des États-nations en Europe, mis à mal par le contexte de la
mondialisation marchande, marqué par des abandons de souveraineté à
répétition au profit des instances communautaires. Le pire réside en
effet non dans la transition vers cette Europe fédérale, vers des
États-unis d’Europe – nous les souhaitons « socialistes » sans en faire
un préalable - mais dans le fait que les peuples en sont toujours
exclus.
Le
malheureux peuple grec en fait l’amère et sinistre expérience. Il n’a
jamais voté pour le gouvernement de coalition de Lukas Papadémos et
subit les diktats, la « régence », d’une troïka invisible qui n’a pas de
comptes à lui rendre. Que pourrait y changer un quelconque référendum
autour d’un « choix » entre la troïka et la mort ? Il a, nous avons
mieux à faire ensemble... mais c’est une autre histoire.
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