| Photo © N. Debbiche/DDM |
L’Éducation
nationale est en « panne sèche » faute de moyens et d’objectifs sociaux
après de longues années d’attaques incessantes de la part des
gouvernements Fillon Sarkozy. Nous ne tournerons cette page sombre qu’en
reconstruisant le système éducatif public.
L’apprentissage
tant vanté par la droite et parfois accompagné par certains socialistes
est un leurre grossier. Il ne sert qu’à « exclure » de la formation
initiale, à sortir de l’école trop d’enfants des milieux populaires. La
fourniture à bas coût d’une main-d’oeuvre aux entreprises n’a jamais
été un objectif de gauche. Elle s’accompagne souvent de regrets,
d’amertume, voire d’un sentiment d’échec ensuite pour les jeunes
concernés.
Des raisons d’éduquer
Des
salariés capables de « créer » dans leur travail et de « bifurquer »
dans leur parcours professionnel sont une garantie à long terme pour
« la compétitivité » d’un pays, de ses entreprises et de ses services.
La formation initiale du plus grand nombre, voire de tous, le permet.
L’exercice
des libertés civiques et civiles demande un niveau de connaissances,
d’ouverture sur les autres et le monde qui constitue le premier objectif
du service public d’Éducation. Un droit pour les enfants et les jeunes
opposable à tous les calculs de rentabilité sur les moyens.
L’accès
libéré et libérateur à la Culture parce que l’on a appris à la
connaître et à l’aimer dès le plus jeune âge passe ainsi et d’abord par
l’école. La prévention de toutes les formes de délinquance secrétées par
la misère et les inégalités passe aussi par l’éducation. Il n’en va pas
différemment de l’abolition des discriminations liées au genre ou à
l’orientation sexuelle. L’école est la meilleure prévention possible.
La
constitution même de ce que certains nomment « les élites » s’appauvrit
quand elle s’effectue sur le dos du reste de la population. Elle n’est
alors que simple reproduction des rapports sociaux inégalitaires. Nous
n’avons nul besoin de générations « d’héritiers ». Nous leur préférons
des femmes et des hommes libres assumant leurs responsabilités sur la
base de critères socialement reconnus.
Le choix de l’égalité
À
tous ces titres, l’éducation des plus jeunes doit devenir parce que
c’est un choix de société « la » priorité qui prime sur toutes les
autres. Elle ne doit plus être une « priorité » parmi d’autres, une
quelconque « variable d’ajustement » des contraintes budgétaires, ni au
niveau de l’État, ni même au niveau des collectivités locales et
territoriales qui concourent à ses moyens.
Tous
les enfants sont en effet capables d’apprendre pour peu qu’on leur en
donne les moyens. Il n’y a pas d’enfants « génétiquement » programmés
doués pour les études quand d’autres ne le seraient pas. Les inégalités
que l’on observe dans les familles ne doivent rien au hasard. Elles ne
sont que le produit d’une histoire économique et sociale que l’école
doit corriger.
C’est
pourquoi la reconstruction du système éducatif sur la base d’une
scolarisation obligatoire de 3 à 18 ans – avec une possibilité de
scolarisation dès 2 ans pour les familles qui le souhaitent - exige la
mobilisation de personnels pour l’enseignement et l’accompagnement en
matière de santé, d’éveil et d’épanouissement, à la hauteur de notre
ambition sociale collective.
60
000 postes supplémentaires en cinq ans dans l’Éducation nationale,
c’est évidemment mieux que les quelque 80 000 suppressions de poste de
Sarkozy depuis 2007 mais cela demeure notoirement insuffisant. Même si
le vaste chantier de l’école ne se réduit pas à la question des moyens,
il en dépend pour une part appréciable. Il appelle donc un plan
d’investissement conséquent sur plusieurs années.
Le droit à la formation
La
formation d’un corps unique d’enseignants hautement performants, de la
maternelle au lycée, suppose, outre leurs titres universitaires, une
formation rémunérée, dédiée à leur métier, entre autres en matière de
pédagogie et de didactique. C’est décisif pour disposer d’un corps issu
d’origines sociales diversifiées plus apte à éviter les pièges de la
reproduction des inégalités sociales.
Au
regard de la situation des quelque quatre millions de cadres du secteur
privé et au terme du quinquennat de Sarkozy, les enseignants sont
lourdement discriminés. Tant au niveau de leurs conditions de travail –
ils travaillent bien au-delà des 35 h par exemple – et de leur
rémunération, parmi les plus basses en Europe en regard de leur mission
comme de leur formation. Il faut y remédier au travers du plan
d’investissement que nous voulons pour l’école.
Ce
plan pour l’école doit viser un objectif, l’égalité des droits des
enfants et des jeunes en matière de formation, de la maternelle à un
lycée unique regroupant enseignements général et professionnel et
conduisant au premier grade universitaire, un baccalauréat autorisant la
poursuite des études dans le supérieur. C’est un préalable pour aborder
les questions de l’entrée dans de bonnes conditions à l’Université ou
sur le marché du travail et de la formation tout au long de la vie.
La
formation continue et les droits qui s’y rattachent en théorie restent
en effet inaccessibles pour la plupart des salariés. Il importe que la
puissance publique reprenne la main dans un secteur lucratif qui génère
des moyens financiers considérables, trop souvent détournés de leurs
objectifs au profit des intérêts privés, voire des sectes qui y
pullulent. Mais c’est bien évidemment par les fondations, qu’il faut
reconstruire le système éducatif et de formation public. La gauche doit
s’y atteler enfin au sortir des élections d’avril, mai et juin
prochains.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire