| Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent à l'usine Alstom de Belfort le 24 janvier 2012. © S. Bozon/AFP. |
Une
désindustrialisation galopante et un déficit commercial record -
quelque 70 milliards d’euros en 2011 contre 40 en 2007 – soulignent
l’acuité du problème. Pourquoi et comment y remédier ?
Sarkozy
et Fillon pour justifier l’augmentation de la TVA et baisser la
contribution sociale des entreprises au détriment des salariés et des
consommateurs évoquent un prétendu différentiel du coût du travail qui
pénaliserait le « made in France ». Le déficit en question n’est guère
contestable. L’expliquer par le coût du travail ne tient pas. Quant à
leur « solution », elle ne ferait qu’aggraver le mal en y ajoutant une
poussée d’inflation.
Sarkozy et Fillon mentent sciemment sur le diagnostic
Le
déficit de compétitivité des entreprises françaises ne découle pas d’un
différentiel du coût du travail ni par rapport à l’Allemagne, ni par
rapport à nos autres voisins européens dont l’Italie par exemple, ni
même par rapport à la concurrence internationale, notamment celle des
pays émergents. Une grosse ficelle, un gros mensonge pour justifier la
poursuite d’une politique d’austérité qui sape la compétitivité comme
l’ensemble de l’activité économique
La
Cour des comptes, l’Organisation de coopération et de développement
économiques (OCDE) ainsi que l’organisme de la Commission européenne en
charge de l’information statistique (Eurostat) ont planché sur le sujet.
Leurs conclusions respectives le confirment avec des variations à la
marge qui résultent du périmètre de calcul du « coût du travail »
comparé. Il en va d’ailleurs de même du temps travaillé en moyenne et
par salarié dans les différents pays européens.
Plus de pouvoir pour les salariés dans l’entreprise
La
première des causes de ce « mal français » est à chercher dans le mode
d’organisation des entreprises elles-mêmes en France, pas toutes bien
sûr mais beaucoup.... sinon la plupart. La toute puissance patronale qui
tient les salariés, simple variable d’ajustement des carnets de
commandes, pour quantité négligeable, y est pour beaucoup. Renforcer le
droit des salariés dans l’entreprise par la loi doit contribuer à
améliorer la situation.
Les
salariés français sont en effet parmi les plus productifs au monde.
Toutes les études comparatives le soulignent. Cela s’explique par une
hausse permanente des qualifications et un intérêt jamais démenti,
malgré la crise, pour leur travail. Seulement cette créativité, au-delà
même des savoir-faire, est constamment brimée. Le patron décide, les
salariés exécutent... « Bosse et tais-toi » en quelque sorte. La
souffrance ordinaire au travail – près d’un salarié sur cinq – et les
suicides en série en sont les symptômes alarmants.
Il
convient donc de créer les conditions d’un « contre-pouvoir » dans
l’entreprise. Ce qui vaut à l’échelle de l’État en termes d’équilibre
des pouvoirs doit s’imposer aussi dans les lieux de production La
participation paritaire de plein exercice – avec droit de vote - des
représentants du personnel aux conseils d’administration et autres
organismes de direction avec les moyens correspondants est l’un des
leviers pour combattre l’archaïsme de l’organisation à la française des
entreprises. Elle permettrait d’éviter nombre d’actes hasardeux de
gestion, courante ou stratégique. Une décision « contrôlée » vaudra
toujours mieux que celle d’un seul.
Peser par la loi sur « les conditions générales de la production »
Spécificité
nationale, trop d’entreprises marchandes considèrent en outre la
puissance publique comme un guichet de financement à moindres coûts et
sans contrepartie. Les subventions directes et indirectes – plus de 70
milliards par an – sont, en règle générale, contreproductives. Une
entreprise qui ne survit qu’à la faveur de ces effets d’aubaine est
toujours condamnée à plus ou moins brève échéance. Ce n’est pas aux
finances publiques de pallier l’absence de fonds propres, à plus forte
raison quand les dividendes s’envolent. Et là, le différentiel notamment
avec l’Allemagne est bien réel.
Le
second levier concerne l’innovation, la recherche et le développement.
En ce domaine, le différentiel avec d’autres pays est particulièrement
handicapant. Quelque 3 % du Pib y sont consacrés en Allemagne contre
2,25 % seulement en France, avec un effet cumulé sur de longues années.
Il faut donc pour ne pas s’enfermer dans les entrées ou les milieux de
gamme prendre le taureau par les cornes. L’annulation du crédit impôt
recherche – 5, 7 milliards par an pour cette niche fiscale détournée de
son objet – et la réaffectation de la recette à la recherche publique
doit commencer à inverser la tendance.
Agir à la source pour responsabiliser le secteur marchand
Une
répartition de l’essentiel des bénéfices, contrainte par la loi, entre
fonds propres, investissements productifs directs et recherche et
développement est de nature à pallier ce déficit de compétitivité avéré.
Elle serait en outre plus lisible, plus efficace et plus rapide à
mettre en oeuvre de manière transparente à la source qu’une politique
fiscale intervenant en aval et dont les effets ne sont mesurables qu’à
long terme. Ce n’est qu’à ce prix que l’on redressera la situation en
créant les conditions d’un retour vers la production des flux
financiers. Elle permettrait aussi d’alléger les charges publiques de
soutien à l’activité marchande.
Bien
évidemment une telle réorientation suppose une volonté politique de
briser les résistances patronales en se fondant sur une légitimité
démocratique indiscutable. Elle ne se décrète certes pas. Elle peut en
revanche se conquérir à la condition de fixer des objectifs clairs sur
la durée qui la rendront, résultats à l’appui, irréversible. C’est
pourquoi, François Hollande fait fausse route quand il prétend
constitutionnaliser la contractualisation des rapports sociaux au sens
large au niveau de l’entreprise, là où la loi et elle seule peut agir,
en France et au-delà dans toute l’Europe. Toute l’histoire sociale, ici
comme ailleurs, le démontre. L’intérêt général le commande.
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