vendredi 16 juin 2017
L’Europe en marche… au ralenti
Ce serait nécessaire pour conjurer les dangers qui menacent la planète sur le plan climatique comme sur celui des inégalités qui la minent. Quand Trump s’avance vers la destitution après avoir fait obstacle à la Justice dans l’enquête sur les connivences de ses proches avec « les artistes » des services russes. Quand Poutine embastille, malmenant l’opposition démocratique pour assurer sa énième réélection. Ce serait nécessaire en effet que l’Europe assume le leadership. Elle ne le fait guère ou alors en demi-teinte, à petits pas, voire en traînant les pieds. Elle fait ainsi face au « Brexit » avec une relative fermeté, mais sur un terrain plus technique que politique, menaçant Londres de lui retirer le bénéfice de la localisation des chambres de compensation qui assurent les transactions financières. En jeu, des montants colossaux de l’ordre de 470 milliards d’euros en moyenne par jour, quelque 100 000 emplois et un levier décisif pour l’attractivité d’une place financière de premier plan. Utile et fondé certes, mais avec peu de chance de convaincre en positif les Britanniques de s’installer définitivement dans l’Union. À ce titre, le sommet franco-britannique n’a rien apporté de neuf tant l’annonce « principale », celle d’une offensive contre le Djihad sur la toile, est restée générale sans contenu précis. La réception très amicale de Theresa May par Macron n’était de plus guère opportune au moment où, défaite par le suffrage universel, elle négocie pour rester en place un accord avec un Parti unioniste nord-irlandais réactionnaire et infréquentable. Le seul objectif qui vaille est celui d’une défaite démocratique des partisans du « Brexit » en Grande-Bretagne, défaite à laquelle Bruxelles doit contribuer le plus puissamment possible.
Face à Londres… et à Barcelone, l’Union européenne doit convaincre de la dangerosité des tentations de rupture, de séparation, d’éclatement, de sécession. Elles ne sont jamais « justifiables » quand elles s’enracinent dans la volonté non pas de s’émanciper dans une perspective libératrice pour tous mais dans une logique d’abandon des responsabilités communes au nom d’une vision égoïste et illusoire de son propre développement. Le cas de la Catalogne est sur ce plan « exemplaire » de ce qu’il ne faut pas faire. Les autorités catalanes ajoutent désormais à la perspective d’une indépendance tournant le dos à la solidarité avec les autres régions d’Espagne, celle de l’instauration d’une république en place et lieu de la monarchie espagnole. Par définition, cette refonte constitutionnelle concerne l’ensemble de l’État espagnol et non l’une ou l’autre de ses entités. Le mélange des genres est malheureux et contre-productif. Une République d’Espagne, européenne, démocratique, assurant une large part d’autonomie à ses provinces historiques est souhaitable, mais elle ne peut passer par le fait « unilatéral », par une « déconnexion » de la Catalogne qui prendrait pour prétexte l’existence d’une monarchie « castillane » corrompue parce que cela reviendrait à la consolider partout ailleurs. Le libellé de la question référendaire – « Voulez-vous que la Catalogne soit un État indépendant sous la forme d’une république ? » – est une imposture. Un large débat multinational s’impose pour convaincre, partout où ces velléités existent, qu’il faut les « conjurer » au nom de l’intérêt général. Parallèlement, il est indispensable que ceux qui se sont « exonérés », de Varsovie à Budapest en passant par Prague, de la solidarité communautaire dans la crise des migrants réfugiés soient sanctionnés de lourdes amendes. L’Union ne peut être à géométrie variable.
Avec Athènes qui subit toujours une « vindicte » passéiste et insupportable de la part d’un Eurogroupe où Schaüble continue de sévir. Certes, les Grecs, en contrepartie de réformes particulièrement rudes, ont obtenu 8,5 milliards de fonds frais pour faire face aux échéances dont celles d’un remboursement de 7 milliards en juillet au titre des aides antérieures. C’est mieux que rien sans doute mais cela ne s’accompagne que de vagues promesses en ce qui concerne l’allégement du fardeau d’une dette souveraine – 180 % du Pib – « insoutenable ». La proposition, dite de « compromis », de Le Maire et Macron d’indexer le remboursement sur le niveau de croissance est notoirement insuffisante. L’engagement du FMI qui préconise une restructuration dans la résolution du problème est nécessaire et d’ailleurs souhaité par Berlin. Mais il n’est pas possible de repousser au milieu de l’an prochain les inévitables « coupes claires » en raison du calendrier électoral en Allemagne. La réduction drastique du fardeau, la mutualisation de tout ou partie des dettes « nationales », relèvent d’un assainissement indispensable pour ne pas hypothéquer une croissance plus solide mais encore fragile. C’est un enjeu pour l’Union dans son ensemble au moment où Berlin et son indéboulonnable ministre des finances se prétendent amis de l’Afrique par G20 interposé. Faire atterrir les investissements privés dans le continent africain, bien sûr, sans qu’il en coûte quoi que ce soit aux contribuables, pourquoi pas… mais pas au prix de réformes aussi libérales que brutales et dévastatrices pour les populations locales. En la matière, l’obsession marchande de Schaüble invite à la plus grande prudence, l’Afrique aurait-elle grand besoin d’investissements et de réformes, démocratiques en particulier.
Pour achever dans de bonnes conditions le processus électoral en France en attendant sa reprise en Allemagne et en Italie. La convergence des calendriers électoraux dans plusieurs grands États a fait craindre des catastrophes en série sur la base de la poussée des populistes et fascistes après le coup de semonce du « Brexit ». Il n’en aura finalement rien été. Battus en Autriche, en Finlande, aux Pays-Bas, en France et sans doute demain en Allemagne et en Italie. L’Europe avec ses réalités contradictoires et souvent confuses a été à chaque fois un argument central pour défaire les partisans du repli national et de l’aventure antidémocratique. Tant mieux, mais en même temps vigilance tant il reste à faire pour éradiquer ces résurgences d’un sombre passé. Les condamnations judiciaires comme celle du secrétaire général du FN, Nicolas Bay, pour ses pratiques délinquantes à Bruxelles et Strasbourg sont une chose, assécher le marais par le développement de la justice sociale, de la solidarité, pour l’égalité dans les territoires en est une autre. Vouloir faire du neuf avec davantage de renouvellement et de diversité, soit, mais à la condition que l’on ne laisse personne en rade, au bord du chemin par une politique sociale qui n’est pas le point fort des aspirants aux responsabilités à Paris. La gauche, parce qu’il n’y a qu’elle pour le faire, est à ce titre la garantie d’un renouveau équilibré. Ce qui est vrai à Paris l’est tout autant ailleurs et c’est pourquoi le regroupement des gauches dans une Maison européenne commune s’impose pour que l’Europe tranche avec le reste des acteurs gouvernementaux sur ce qui est peut-être le plus essentiel, l’égalité au plan social qui commande tout le reste. Accélérer le pas en s’assurant que tout le monde suive, voilà l’objectif de la prochaine période.
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