mardi 17 janvier 2017

L’Europe contre Trump et May

 
Trump et May (image © Getty).
Une déclaration au Bild Zeitung du Président élu des États-Unis qui résonne comme « une déclaration de guerre » comme le dit Valls, un discours programme de la Première ministre britannique qui annonce sans employer l’expression un « hard Brexit », et voilà que l’Europe et la planète se retrouvent au bord du gouffre de la grande régression. Sont en jeu en effet deux conceptions du monde absolument irréconciliables. S’ils devaient l’emporter, les néoconservateurs d’aujourd’hui qui ne sont pas sans rappeler le couple Reagan Thatcher solderaient les efforts de la planète pour mieux réguler la finance et l’économie et éviter la répétition d’une grande crise comme celle de 2008-2009. Le paradoxe provient du fait que les États-Unis d’Obama ont bien davantage tiré les leçons de la grande dépression que ne l’ont fait les 28. L’amende salée de 864 millions de dollars infligée à l’agence de notation Moody’s, après celle imposée à Standard and Poor’s – 1,37 milliard –, le rappelle fort opportunément. Bruxelles et les capitales européennes y ont renoncé par avance. Les suites du « diselgate » de part et d’autre de l’Atlantique le confirment. Poursuites et lourdes sanctions d’un côté, pusillanimité de l’autre. Les tenants du nouveau désordre mondial que sont Trump et May, au nom de la loi du plus fort dans une jungle d’intérêts privés et nationaux, représentent une menace majeure pour les « 99 % » d’êtres humains qui sont « spoliés » par l’enrichissement du « 1 % » restant, voire moins – huit empires financiers selon Oxfam. Sans être un modèle tant elle progresse à tout petits pas et parfois contradictoirement, l’Europe n’en constitue pas moins la seule alternative au veau d’or de l’extorsion forcée de capitaux au profit d’une poignée de grandes fortunes et au détriment de tous les autres humains.

L’attitude de Trump et de sa consœur idéologique sur la question de l’immigration n’est pas moins révélatrice. Après l’annonce qu’il construira bien un nouveau « mur de la honte » à la frontière avec le Mexique, Trump s’en prend à la politique d’accueil des migrants réfugiés de Merkel y voyant une erreur fatale. C’est le contraire qui est vrai. L’Allemagne en accueillant plus d’un million de ces malheureux, aurait-elle investi 19 milliards d’euros à cette fin, s’est réinstallée avec la perspective de leur intégration sur place dans une dynamique démographique et sociale positive, tout comme la Suède et à l’inverse des États européens qui ont préféré le repli, l’encouragement du populisme et les atteintes répétées à la solidarité et à la démocratie. Le « Brexit » en est la plus parfaite illustration. Les tenants de la sécession entendaient profiter des facilités de la libre circulation des biens et des services, de leur accès au marché européen, sans accepter celle des hommes et des femmes à la recherche d’un emploi ou d’une vie meilleure. C’est à l’honneur de Bruxelles, de Berlin et de Paris d’avoir, après quelques hésitations, refusé cet accommodement qui aurait pris l’allure d’un « soft Brexit » trompeur. Encore faudrait-il que leurs capitales parlent plus haut et plus clairement pour être entendues des 508 millions d’Européens. L’accueil des réfugiés et autres migrants ne constitue en effet que la meilleure manière, la plus humaine mais aussi la plus efficace, de maîtriser et réguler les flux migratoires, serait-elle complétée par une action plus dure contre les mafias de passeurs. Leur rejet hors des murs et la transformation de la Méditerranée en une vaste fosse commune ne déboucheraient que sur le chaos, voire la guerre. Hamon sur ce point et en France dit vrai.

La scène des relations internationales transformées en un Chicago du temps de la prohibition n’est pas davantage souhaitable pour les Américains que pour les Européens et les autres habitants de la planète. Trump, à la tête d’une Amérique de la force brute sans foi ni loi, voudrait n’agir qu’en fonction du seul critère de « ce qui est bon pour l’Amérique » du moins à ses yeux. Il n’y ajoute même pas la référence à un « messianisme » de la Liberté « made in USA » qu’invoquait Reagan. Non, son « truc » c’est la scène diplomatique rabaissée au niveau du monde des affaires et de ses coups. Illusoire prétention sans doute mais qui peut engendrer des effets néfastes avec des tensions à hauts risques. Ainsi quand il s’en prend à l’OTAN qui n’est plus le faux nez de l’Oncle Sam d’antan mais bien davantage un forum de coopération politique et accessoirement militaire, Trump reproche aux Européens de ne pas payer assez – 70 % des charges incombent à Washington. Il refuse également le cantonnement à l’Atlantique nord et aux frontières septentrionales de l’Union, lui préférant un bras armé prêt à frapper à la demande aux quatre coins de la planète. Dans un monde multipolaire, ce serait le signe de l’abandon par les Européens de toute forme d’indépendance. Et cela renvoie aussi à l’ONU et à son indispensable réforme, celle du Conseil de sécurité et du droit de véto de ses membres permanents notamment. Là, ce sont les Américains qui sont mauvais payeurs avec les retards de contributions impayées qui s’accumulent. Sans compter le risque dans un forum planétaire permanent de se voir contraint par le rapport des forces « démocratique », ce que ne supporte pas par définition le nouveau Président de l’empire. Les enjeux climatiques, la poursuite du processus de la COP 21, sont rejetés avec la même logique brutale et solitaire de rupture de tous les cadres de dialogue et de coopération qui pourraient se faire exigeants et contraignants.

Cette situation qui résulte du hold-up antidémocratique de la dernière élection américaine ouvre une période dangereuse singulièrement pour le pôle européen s’il ne devait pas assumer pleinement ses responsabilités, nul autre ensemble territorial, marchand ou politique, n’étant en mesure de le faire à sa place. Ne rien céder sur le fond tout en se montrant toujours disposé à la confrontation pacifique au nom des Non-alignés du XXIe siècle. Pour cela, il convient de parler d’une seule voix, celle d’une politique extérieure et de sécurité assumée, fondée sur une cohésion démocratique procédant de la volonté partagée non par une poignée de dirigeants mais par les peuples européens eux-mêmes. Un processus constituant dans l’Union, quelles qu’en soient les modalités pratiques, est à ce titre « incontournable ». Il faut ensuite « oser » la différence, sans trembler, par le dire et par le faire. Cela vaut dans la défense du Mexique et des autres victimes désignées de Trump à la faveur d’accords de coopération alternatifs et équilibrés. Cela vaut pour le « hard Brexit » qu’il faut combattre en s’appuyant sur les opinions britanniques – écossaise, irlandaise, galloise… L’Union en a les moyens à la condition d’agir vite et de manière déterminée d’autant que l’alliance entre Londres et Washington n’est pas aussi aisée en pratique que sur le papier ni au plan économique – asymétrie des appareils productifs et ancrage européen de très nombreux secteurs –, ni au plan monétaire – le dollar s’apprécie quand la livre plonge –, ni même au plan militaire – la guerre de Busch et Blair en Irak l’avait déjà montré – et diplomatique. Cela vaut même au Forum économique mondial de Davos où, signe des temps, le Président Chinois fait le déplacement. Pour éviter la
« guerre » de Trump, l’Europe doit se montrer forte et entreprenante, favorable à des accords d’un nouveau type et faire la différence par l’exemple dans la perspective de « battre » ce Président américain illégitime et son obligée.


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