mardi 24 janvier 2017

À l’épreuve des faits…

Trump à la Maison blanche, Valls et Hamon (photos © AFP).

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour mesurer ce que signifie l’entrée en fonction de Trump à Washington. Il « casse » déjà tout ce que son prédécesseur avait mis en place, souvent difficilement. C’est vrai de « l’Obamacare », ce système d’assurance-maladie bien imparfait mais qui permettait à quelque vingt millions d’Américains de bénéficier d’un droit à la santé qu’il faut encore conquérir pour tous au cœur d’un des États les plus riches. L’aboutissement – en 1973 ! – d’un long combat pour le droit à l’avortement est lui-même dans la ligne de mire. Les « limites » aux activités industrielles menaçant l’environnement et le climat de la planète sont ou seront levées. Sans compter, cette désinvolture provocatrice qui humilie les partenaires asiatiques du traité tanspacifique – l’Australie se tourne même vers la Chine pour faire « sans » Washington – après les Européens et les Latino-américains au nom de « l’Amérique d’abord ». Et pour couronner le tout, voilà que le droit à l’information est jeté aux orties au profit du mensonge de circonstance, sous le vocable improbable de « faits alternatifs ». Trump cogne fort, sans la moindre retenue et ne s’arrêtera pas autrement que sous la contrainte qui doit le conduire au départ par la démission ou la destitution. Les cortèges fournis de l’opposition à cette présidence brutale qui ne respecte rien ni personne, ni aux États-Unis, ni ailleurs, sont indispensables et porteurs d'espoir. Il faut désormais que les gouvernements et autres institutions internationales haussent le ton, disent ce qu’ils n’accepteront pas ni au plan diplomatique, ni au plan économique et financier à nouveau « fragilisé » et qui le sera bien davantage demain par la hausse du dollar. Trump n’a pas les moyens de tout « casser » sauf si on lui en laisse le loisir. Le temps jouerait pour lui si on le laissait faire. C’est donc maintenant et sans attendre qu’il faut dire « stop », de l’Onu à toutes les instances de coopération internationale. Dire parce que c’est important pour l’opinion mais aussi faire en prenant chaque fois que nécessaire les contre-mesures qui s’imposent. On peut espérer à ce titre que l’Union européenne et le Canada vont effectivement montrer l’exemple, faire vivre un accord de partenariat un tant soit peu équilibré et de ce seul fait déstabilisateur pour le « forcené » qui méprise le reste du monde.

Autre « prince de la force », l’ancien premier ministre de Hollande, sorti second de la primaire de « la belle alliance » – socialistes et associés – et donc qualifié pour le second tour. On ne lui fera pas l’injure de le comparer à la brute débarquant de la Trump Tower. Mais le personnage dérange aussi par son arrogance. Il est comptable d’une politique qui a échoué sur toute la ligne ou presque. Il n’entend guère la modifier si ce n’est à la marge comme en témoigne son programme bâclé et assez inconsistant. Il veut simplement prendre la main, une main de fer avec laquelle il voudrait exercer le pouvoir. Comment n’a-t-il pas compris, ni même ses soutiens, que c’est précisément ce dont les citoyens à gauche surtout ne veulent plus. Le parallèle avec Sarkozy est ici tentant même s’il n’est pas totalement opérant. L’argument de Valls selon lequel son concurrent incarnerait « la défaite assurée » sur le mode d’un « moi ou le chaos » éculé est indigne d’un homme de gauche. Autre période, autres mœurs politiques en effet. Qui plus est dans un contexte où la gauche devra en tout état de cause se rassembler pour ne pas perdre. Valls comme il l’a toujours fait divise, hier avec ses lois illégitimes passées en force, aujourd’hui avec un retour « aux deux gauches irréconciliables » qui constitue le fond de sa pensée. Ne serait-ce qu’à ce titre, il est souhaitable qu’il soit largement battu le 29 janvier par les hommes et les femmes de gauche mobilisés. Pas toutes les gauches certes, mais quand même, très au-delà des seuls socialistes encartés ou qui l’ont été un jour. Comment dans ces conditions ne pas condamner la pantomime des chiffres communiqués par un appareil discrédité, incapable de faire les choses correctement. Pas de doute en effet sur la participation modeste ni même sur l’ordre d’arrivée mais l’arrogance là encore d’un Christophe Borgel, grand manitou de la bureaucratie sociale-démocrate, porte préjudice aux candidats et à la gauche dans son ensemble, alimentant la « brise » de la calomnie de la droite et de l’extrême droite, auxquelles Corbières pour Mélenchon a cru devoir prêter main-forte. Hamon, lui, a des atouts de fond à faire valoir. Son programme est incontestablement de gauche en ce qu’il n’a renoncé ni à la justice sociale, ni à l’insertion environnementale. Son attitude respectueuse, ses propos responsables comme son refus de la division, invitent à le soutenir. Tout en sachant que cette primaire n’est qu’une partie de l’équation unitaire qu’il faudra résoudre avant le printemps.


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