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| À Berlin (photo © DPA/AFP), à Varsovie (photo © Reuters), Hamon et Peillon (photo © Libération). |
Berlin, les jours d’après… sans état d’urgence. C’est ce que l’on retiendra des jours qui ont suivi l’attentat meurtrier – 12 morts et 48 blessés. Les Berlinois ont repris leurs activités après des cérémonies d’hommage aux victimes sobres et dignes. La Chancelière a réaffirmé avec force que l’État de droit était le meilleur moyen de faire face à la menace, aussi élevée qu’en France. Seule une poignée « d’excités » – trois ou quatre cents – convoquée par Pegida – Les Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident – et l’Afd – Alternative pour l’Allemagne – s’est manifestée aux abords de la Chancellerie en établissant un lien odieux entre la politique d’accueil des migrants-réfugiés et ce lâche attentat. De manière générale, Angela Merkel a donc pu à juste titre se dire « fière » de l’attitude de ses concitoyens en ces heures difficiles. À Berlin comme à Munich et dans les centres urbains sans doute, mais sans sous-estimer les votes futurs des campagnes. Et bien évidemment, par-delà les circonstances particulières et les habitudes politiques et culturelles de part et d’autre du Rhin, la comparaison s’impose avec le voisin français qui n’en a pas encore fini avec l’état d’urgence instauré en novembre 2015 et prorogé au moins jusqu’à l’été 2017. Point de débat dévastateur non plus en Allemagne comme celui initié par François Hollande sur la déchéance de nationalité au lendemain des attentats de Paris. La preuve par les faits que la résilience tranquille d’une société peut s’exprimer avec d’autant plus de force qu’elle évite les dérapages en tout genre.
Alep, « l’ordre » règne dans une ville morte. Des dizaines de milliers de civils évacués et donc sauvés des atrocités des vainqueurs. La pression internationale, celle des Nations unis, aura au moins obtenu ce résultat, en partie grâce à la mobilisation de la diplomatie française. Dont acte. Mais des évacuations qui ont également permis à des bandes armées islamiques – de 4 à 6 000 « combattants » – parmi les pires de s’éclipser avec la certitude qu’elles séviront demain ailleurs. Leur lot d’atrocités commises sur les civils n’avait rien à envier à celles du régime de Damas et de son chef, Assad le chimiste et boucher. Mais le régime d’Erdogan, sans même prendre la peine de les désarmer, les a protégées espérant pouvoir les utiliser contre les Kurdes à sa frontière avec la Syrie. C’est le côté sombre d’un sauvetage humanitaire nécessaire et réussi pour l’essentiel. Dans cette guerre qui a déjà coûté la vie à plus de 300 000 hommes, femmes et enfants, Assad a pu compter sur le soutien multiforme de Moscou et dans une moindre mesure sur celui de Téhéran avec qui les affaires continuent pour Airbus comme pour Boeing. Poutine ne saurait s’en tirer à si bon compte alors que sa place est à La Haye devant le tribunal pénal international. Perspective encore lointaine sans doute, mais qui implique que les sanctions soient maintenues voire renforcées en dépit de l’agitation des relais dans plusieurs pays de ce régime particulièrement antidémocratique qui viole toutes les règles du droit international. N’en déplaise en France à Mélenchon, Fillon, Le Pen et autres « collaborateurs » bienveillants du tsar sanglant.
Bruxelles, la protection sociale des Européens. Elle est difficile à comparer d’un État membre à l’autre mais la dernière livraison des services de la Commission permet d’en dessiner les contours et les enjeux. En pourcentage du Pib, ce sont sans surprise la France – 34,3 % – et le Danemark – 33,5 % – qui dépenseraient le plus pour le bien-être de leurs ressortissants contre une moyenne dans l’Union de 28,7 % en 2014. Pour l’essentiel et toujours en moyenne, ce sont les cotisations sociales qui couvrent la majorité du financement, environ 54 % contre 40 % pour l’impôt. De quoi alimenter un goût prononcé chez certains comme Fillon pour une privatisation partielle de l’assurance maladie. Autre constat, la réalité de la fracture européenne, tendrait-elle à se résorber lentement, trop lentement faute de transferts solidaires de valeurs suffisants. Sans prise en compte des institutions privées, à plus de 30 % du Pib, on recense six pays – France, Danemark, Finlande, Pays-Bas, Belgique, Autriche, Italie – contre neuf à moins de 20 % – Hongrie, République Tchèque, Pologne, Slovaquie, Bulgarie, Estonie, Roumanie, Lituanie, Lettonie. Mesurée en standard de pouvoir d’achat, après élimination des différences de prix, on obtient un paysage quelque peu différent et plus réaliste avec toujours la même fracture. Entre 35 et 40 % au-dessus de la moyenne communautaire, on trouve Luxembourg, Danemark, Pays-Bas, Autriche. La France et l’Allemagne se situent à environ 30 % au-dessus de la moyenne tout comme la Belgique, la Finlande et la Suède tandis que les anciens Peco – Pays d’Europe centrale et orientale – ferment la marche. La construction européenne passe par une harmonisation par le haut de la protection sociale qu’il s’agisse des pensions d’existence (retraite, chômage, handicap…) – 46 % du total – ou de la couverture maladie. Raison de plus pour ne pas permettre à Fillon ou d’autres de s’en prendre à cet acquis comme s’y emploie la pétition initiée par le Professeur Grimaldi qui a déjà recueilli plus de 150 000 signatures.
Varsovie, la diète bloquée pour la démocratie. Depuis le 16 décembre, la Chambre basse du Parlement polonais est encerclée par les manifestants qui se relaient jour et nuit pour sauver la démocratie et l’État de droit des attaques portées par le PiS – parti du droit et de la justice – de Kaczynski. Tout a débuté avec l’expulsion exclusion d’un député de l’opposition qui protestait contre la mise sous tutelle des médias, très encadrés pour leur accès au Parlement. Mise en marche par les réseaux sociaux, une importante mobilisation a aussitôt pris corps et entend faire céder le pouvoir du PiS qui avait dû reculer devant la fronde et sur l’avortement qu’il voulait interdire à la demande de l’Église et sur le refus de l’accueil des migrants-réfugiés dans le cadre européen. S’y ajoute la tentative du pouvoir de prendre le contrôle du tribunal constitutionnel avec la nomination d’une femme de paille, Julia Przylebska, par le Président Duda en dépit des mises en garde de Bruxelles et de la rue. La Commission a donné deux mois aux contrevenants pour se mettre en règle avec les standards démocratiques. Mais d’ici là, la mobilisation de rue, impressionnante en cette période de l’année, ne se dément pas et tiendra jusqu’à la prochaine session parlementaire courant janvier. Le pouvoir des populistes, appuyé sur l’Église catholique et les campagnes, se trouve ainsi devant un dilemme. S’il passe en force en usant de la répression dans un pays où la démocratie a été conquise de haute lutte par la rue, il perdra toute légitimité s’exposant aux sanctions de Bruxelles et des autres capitales européennes. S’il cède devant l’opposition de manifestants déterminés, il prend le risque de se voir rejeté lors des prochaines élections encourageant malgré lui le rassemblement sur des objectifs démocratiques des différents courants de l’opposition. Quand les populistes l’emportent « par surprise » sur le plan électoral, ils se heurtent rapidement à la résilience sociale et démocratique… quand ils ne tombent pas englués dans la corruption comme Virgina Raggi, la maire « 5 étoiles » de Rome élue en Juin.
Paris, la ronde infernale de chiffres contrastés. Sapin et le gouvernement Cazeneuve en feront grand cas. La dette du pays – 2 160,4 milliards – recule au troisième trimestre de quelque 0,9 point exprimée par rapport au Pib, soit 97,6 % contre 98,4 % précédemment. Un mieux qui s’explique avant tout par le niveau des taux extraordinairement bas tout au long de l’année. Pas de quoi pavoiser quand par ailleurs l’Insee confirme que la croissance s’est traînée à 0,2 % au troisième trimestre, repartirait-elle mollement au quatrième. En tout cas et au final à plusieurs dixièmes de l’objectif fixé par le gouvernement et le Parlement dans la loi de finances – 1,5 % puis 1,4 % - sur l’année, loin et pour la troisième année consécutive de la moyenne européenne – 1,7 % en 2016. S’y ajoute le creusement inexorable du déficit commercial, la France continuant à perdre des parts de marchés à l’exportation quand la consommation des ménages entraîne une progression des importations. Gamme moyenne, deux fois moins d’entreprises exportatrices que l’Allemagne, trois fois moins même que l’Italie… Et pourtant, Hollande peut se prévaloir d’un autre « succès » qui se confirme, le « rétablissement » des marges des entreprises nettement au-dessus des 31 % après avoir abondé, il est vrai, de plus de 40 milliards leur trésorerie parce qu’il avait « cru » sur l’insistance de son conseiller préféré – Macron – que c’était « l’offre qui créait la demande ». Mais à quelques encablures des échéances électorales, il est des réalités, des faits et des chiffres qu’il vaut mieux ne pas revendiquer trop fort pour ne pas plomber davantage les candidats à la relève. Valls se voit ainsi toujours opposé partout où il passe le bilan dont il est comptable et pas seulement le 49.3 et la loi El Khomri. C’est le choix auquel les électeurs de la primaire de gauche n’échapperont pas. Soit ils reconduiront le sortant, soit ils lui préféreront ceux qui se battent contre la répétition de pareilles erreurs, clairement comme le fait Benoît Hamon ou en demi-teinte comme Arnaud Montebourg et encore plus confusément comme Vincent Peillon. Au risque d'être marginalisés au profit de dynamiques plus porteuses qu’elles soient le fait de Mélenchon ou de Macron, quelles que soient les lourdes réserves que l’on puisse émettre à propos de l’un comme de l’autre.
Alep, « l’ordre » règne dans une ville morte. Des dizaines de milliers de civils évacués et donc sauvés des atrocités des vainqueurs. La pression internationale, celle des Nations unis, aura au moins obtenu ce résultat, en partie grâce à la mobilisation de la diplomatie française. Dont acte. Mais des évacuations qui ont également permis à des bandes armées islamiques – de 4 à 6 000 « combattants » – parmi les pires de s’éclipser avec la certitude qu’elles séviront demain ailleurs. Leur lot d’atrocités commises sur les civils n’avait rien à envier à celles du régime de Damas et de son chef, Assad le chimiste et boucher. Mais le régime d’Erdogan, sans même prendre la peine de les désarmer, les a protégées espérant pouvoir les utiliser contre les Kurdes à sa frontière avec la Syrie. C’est le côté sombre d’un sauvetage humanitaire nécessaire et réussi pour l’essentiel. Dans cette guerre qui a déjà coûté la vie à plus de 300 000 hommes, femmes et enfants, Assad a pu compter sur le soutien multiforme de Moscou et dans une moindre mesure sur celui de Téhéran avec qui les affaires continuent pour Airbus comme pour Boeing. Poutine ne saurait s’en tirer à si bon compte alors que sa place est à La Haye devant le tribunal pénal international. Perspective encore lointaine sans doute, mais qui implique que les sanctions soient maintenues voire renforcées en dépit de l’agitation des relais dans plusieurs pays de ce régime particulièrement antidémocratique qui viole toutes les règles du droit international. N’en déplaise en France à Mélenchon, Fillon, Le Pen et autres « collaborateurs » bienveillants du tsar sanglant.
Bruxelles, la protection sociale des Européens. Elle est difficile à comparer d’un État membre à l’autre mais la dernière livraison des services de la Commission permet d’en dessiner les contours et les enjeux. En pourcentage du Pib, ce sont sans surprise la France – 34,3 % – et le Danemark – 33,5 % – qui dépenseraient le plus pour le bien-être de leurs ressortissants contre une moyenne dans l’Union de 28,7 % en 2014. Pour l’essentiel et toujours en moyenne, ce sont les cotisations sociales qui couvrent la majorité du financement, environ 54 % contre 40 % pour l’impôt. De quoi alimenter un goût prononcé chez certains comme Fillon pour une privatisation partielle de l’assurance maladie. Autre constat, la réalité de la fracture européenne, tendrait-elle à se résorber lentement, trop lentement faute de transferts solidaires de valeurs suffisants. Sans prise en compte des institutions privées, à plus de 30 % du Pib, on recense six pays – France, Danemark, Finlande, Pays-Bas, Belgique, Autriche, Italie – contre neuf à moins de 20 % – Hongrie, République Tchèque, Pologne, Slovaquie, Bulgarie, Estonie, Roumanie, Lituanie, Lettonie. Mesurée en standard de pouvoir d’achat, après élimination des différences de prix, on obtient un paysage quelque peu différent et plus réaliste avec toujours la même fracture. Entre 35 et 40 % au-dessus de la moyenne communautaire, on trouve Luxembourg, Danemark, Pays-Bas, Autriche. La France et l’Allemagne se situent à environ 30 % au-dessus de la moyenne tout comme la Belgique, la Finlande et la Suède tandis que les anciens Peco – Pays d’Europe centrale et orientale – ferment la marche. La construction européenne passe par une harmonisation par le haut de la protection sociale qu’il s’agisse des pensions d’existence (retraite, chômage, handicap…) – 46 % du total – ou de la couverture maladie. Raison de plus pour ne pas permettre à Fillon ou d’autres de s’en prendre à cet acquis comme s’y emploie la pétition initiée par le Professeur Grimaldi qui a déjà recueilli plus de 150 000 signatures.
Varsovie, la diète bloquée pour la démocratie. Depuis le 16 décembre, la Chambre basse du Parlement polonais est encerclée par les manifestants qui se relaient jour et nuit pour sauver la démocratie et l’État de droit des attaques portées par le PiS – parti du droit et de la justice – de Kaczynski. Tout a débuté avec l’expulsion exclusion d’un député de l’opposition qui protestait contre la mise sous tutelle des médias, très encadrés pour leur accès au Parlement. Mise en marche par les réseaux sociaux, une importante mobilisation a aussitôt pris corps et entend faire céder le pouvoir du PiS qui avait dû reculer devant la fronde et sur l’avortement qu’il voulait interdire à la demande de l’Église et sur le refus de l’accueil des migrants-réfugiés dans le cadre européen. S’y ajoute la tentative du pouvoir de prendre le contrôle du tribunal constitutionnel avec la nomination d’une femme de paille, Julia Przylebska, par le Président Duda en dépit des mises en garde de Bruxelles et de la rue. La Commission a donné deux mois aux contrevenants pour se mettre en règle avec les standards démocratiques. Mais d’ici là, la mobilisation de rue, impressionnante en cette période de l’année, ne se dément pas et tiendra jusqu’à la prochaine session parlementaire courant janvier. Le pouvoir des populistes, appuyé sur l’Église catholique et les campagnes, se trouve ainsi devant un dilemme. S’il passe en force en usant de la répression dans un pays où la démocratie a été conquise de haute lutte par la rue, il perdra toute légitimité s’exposant aux sanctions de Bruxelles et des autres capitales européennes. S’il cède devant l’opposition de manifestants déterminés, il prend le risque de se voir rejeté lors des prochaines élections encourageant malgré lui le rassemblement sur des objectifs démocratiques des différents courants de l’opposition. Quand les populistes l’emportent « par surprise » sur le plan électoral, ils se heurtent rapidement à la résilience sociale et démocratique… quand ils ne tombent pas englués dans la corruption comme Virgina Raggi, la maire « 5 étoiles » de Rome élue en Juin.
Paris, la ronde infernale de chiffres contrastés. Sapin et le gouvernement Cazeneuve en feront grand cas. La dette du pays – 2 160,4 milliards – recule au troisième trimestre de quelque 0,9 point exprimée par rapport au Pib, soit 97,6 % contre 98,4 % précédemment. Un mieux qui s’explique avant tout par le niveau des taux extraordinairement bas tout au long de l’année. Pas de quoi pavoiser quand par ailleurs l’Insee confirme que la croissance s’est traînée à 0,2 % au troisième trimestre, repartirait-elle mollement au quatrième. En tout cas et au final à plusieurs dixièmes de l’objectif fixé par le gouvernement et le Parlement dans la loi de finances – 1,5 % puis 1,4 % - sur l’année, loin et pour la troisième année consécutive de la moyenne européenne – 1,7 % en 2016. S’y ajoute le creusement inexorable du déficit commercial, la France continuant à perdre des parts de marchés à l’exportation quand la consommation des ménages entraîne une progression des importations. Gamme moyenne, deux fois moins d’entreprises exportatrices que l’Allemagne, trois fois moins même que l’Italie… Et pourtant, Hollande peut se prévaloir d’un autre « succès » qui se confirme, le « rétablissement » des marges des entreprises nettement au-dessus des 31 % après avoir abondé, il est vrai, de plus de 40 milliards leur trésorerie parce qu’il avait « cru » sur l’insistance de son conseiller préféré – Macron – que c’était « l’offre qui créait la demande ». Mais à quelques encablures des échéances électorales, il est des réalités, des faits et des chiffres qu’il vaut mieux ne pas revendiquer trop fort pour ne pas plomber davantage les candidats à la relève. Valls se voit ainsi toujours opposé partout où il passe le bilan dont il est comptable et pas seulement le 49.3 et la loi El Khomri. C’est le choix auquel les électeurs de la primaire de gauche n’échapperont pas. Soit ils reconduiront le sortant, soit ils lui préféreront ceux qui se battent contre la répétition de pareilles erreurs, clairement comme le fait Benoît Hamon ou en demi-teinte comme Arnaud Montebourg et encore plus confusément comme Vincent Peillon. Au risque d'être marginalisés au profit de dynamiques plus porteuses qu’elles soient le fait de Mélenchon ou de Macron, quelles que soient les lourdes réserves que l’on puisse émettre à propos de l’un comme de l’autre.

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