mardi 27 décembre 2016

L’emploi mérite mieux


Il est ou devrait être au cœur d’une société de progrès comme l’élément clé de l’insertion sociale et de la cohésion civique qui en découle. L’action publique se devrait de le mettre au centre de ses préoccupations en s’assurant que chacun et tous puissent exercer un droit inaliénable à un emploi stable et correctement rémunéré. De la coupe aux lèvres, il y a cependant un gouffre comme le confirment les derniers chiffres du chômage dans la société française ravagée par ce fléau dont nous avons dénoncé « la crue obscène » tout au long du quinquennat de François Hollande. Le Président sortant, son Premier ministre jusqu’il y a peu, l’ex-conseiller et ex-ministre de l’économie ainsi que l’actuel titulaire de Bercy sont « encore » responsables de quelque 570 000 chômeurs supplémentaires en un peu moins de cinq ans, après la baisse du nombre de chômeurs enregistrée en novembre (- 0,9 % soit 31 800), sur les trois derniers mois cumulés (- 3,1 % soit 109 800) et sur l’année écoulée (- 3,7 % soit 133 500) en catégorie A qui ne donne qu’un aperçu partiel du sous-emploi.

Cette décrue bienvenue mais à la marge ne change rien au bilan largement négatif de l’équipe sortante tant elle est provisoire, devrait-elle se poursuivre quelques mois encore au premier semestre 2017. Tout simplement parce que la croissance n’est pas au rendez-vous se situant en France (1,2 %) loin de la moyenne européenne (1,7 %) pour la troisième année consécutive. En dessous de 1,5 % de croissance effective, les emplois créés sont avant tout précaires sur des contrats de plus en plus courts et donc soumis aux aléas de la conjoncture. Avec des politiques différentes, les États-Unis d’Obama ou plusieurs États européens dont l’Allemagne de Merkel flirtent avec le plein-emploi. Dans la France de Hollande et Valls, le mot lui-même a un goût d’utopie tant la réalité des faits et des chiffres en exclut la perspective dans un avenir prévisible. Il demeure en effet 3 703 400 chômeurs en catégorie A (sans aucune activité) et 5 778 000 avec ceux des catégories B et C (activités réduites). L’Office français des conjonctures économiques (OFCE) estime que les personnes fragilisées dans le secteur de l’emploi sont au bas mot 6 millions.

L’explication de cette exception française, qui plus est sous un gouvernement issu de la gauche qui avait fait en théorie de l’emploi sa priorité, réside dans la politique suivie depuis l’automne 2012 sous l’influence de Macron. Une politique de l’offre à tous crins qui a consisté à utiliser les marges financières de l’État pour abonder la trésorerie défaillante des entreprises en renonçant à peser pratiquement sur le tissu économique pour l’orienter vers un mieux disant plus efficace. Résultat, si les marges des entreprises ont été restaurées, artificiellement, par l’injection de quelque 40 milliards d’euros à leur profit, la puissance publique s’est interdit d’agir là où elle le devait. Une politique de démission de fait, de renoncement à « moderniser » un tissu économique mité de micro-entreprises sans comparaison possible avec de vraies PME à l’allemande par exemple. Une gamme « moyenne » assez largement impropre à l’exportation – les parts de marchés reculent depuis quatre ans – à l’exception de quelques niches. Une mentalité d’assistés permanents dans un patronat plus réfractaire que jamais au moindre risque. Une misère sociale avec de plus en plus de travailleurs pauvres parce que les salaires sont devenus la variable d’ajustement d’une économie en perte de vitesse accélérée.

Les perspectives ne sont pas meilleures parce que là aussi on a fait le contraire de ce qu’il fallait faire et que le premier semestre de l’année prochaine est « neutralisé » par les échéances électorales. La croissance résulte de l’état des carnets de commandes, non du niveau des marges privées. Or, la demande a été contrainte d’abord par un contre-choc fiscal, ensuite par une forte limitation des revenus salariaux, enfin par les conséquences de la stagnation de l’économie. Tenants obstinés de la politique de l’offre, l’Élysée, Matignon et Bercy ont misé sur le ressort ultime celui qui finira toujours par se détendre après avoir été comprimé trop longtemps. Seulement, quand cela se produit, il ne faut pas en espérer autre chose qu’une embellie de courte durée. Car rien ne vaudra jamais une politique sur la durée qui rétablisse un flux économique cohérent à partir d’un soutien à la demande par le biais de la politique salariale tout autant que par l’investissement public. Sur ce plan aussi, l’État a porté atteinte par une politique budgétaire inconséquente aux capacités d’intervention des collectivités locales et territoriales premiers investisseurs publics à hauteur de plus des deux tiers de ce qui est réalisé.

Il importe dans ces conditions que la question de l’emploi et de la politique qui permettrait de rétablir une situation meilleure soit au cœur des débats électoraux, avant tout à gauche. La droite en effet et son champion Fillon n’ambitionnent qu’une réduction de la dépense publique qui ne ferait qu’aggraver les choses. Parmi les candidats principaux à la primaire du PS et proches, il n’y a guère que Benoît Hamon qui revisite de manière critique cette suite d’embardées économiques qu’aura été le quinquennat de Hollande. Il a en outre l’avantage sur ses concurrents de ne pas en « pincer » pour un protectionnisme à la grand-papa aussi désuet que contre-productif. Montebourg en a fait lui sa marque de fabrique tandis que Valls n’y consent que partiellement et que Peillon donne l’impression que les termes du débat le dépassent. Ce sera l’un des enjeux majeurs du choix des électeurs participant à la primaire combiné avec la question européenne. Hors primaire, Macron bien qu’il s’en défende porte une responsabilité écrasante pour le passé et ne dit rien de précis sur le futur. Mélenchon était assez clair sur le sujet avant qu’il ne s’empêtre dans un protectionnisme anti-européen qui le disqualifierait s’il n’y renonce pas.

Une politique de relance est absolument nécessaire sur la base d’un rééquilibrage salarial avec une convergence public privé et une forte augmentation de la commande publique, pour la rénovation notamment des infrastructures et la construction de logements sous le signe des enjeux climatiques et écologiques. Une grande réforme fiscale ensuite pour un impôt plus juste parce que plus progressif qui permette le financement de l’investissement public. La suppression des incitations à l’éclatement, à la segmentation, du tissu économique en favorisant les entreprises de taille raisonnable, celles qui exportent et ont une politique sociale responsable. Une forte action publique enfin pour favoriser la montée en gamme de la production vers les créneaux porteurs, secteur par secteur, articulée à une augmentation des crédits de la recherche sur la base de partenariats public privé, financée par la suppression des incitations ruineuses et inefficaces du crédit d’impôt correspondant – accordé sur une base « déclarative » sans le moindre contrôle. Cette réorientation générale de l’action économique avec pour objectif « le plein-emploi » est la seule qui soit en mesure de sortir ce pays et au-delà l’Europe du chômage de masse.



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