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| Rajoy (photo © afp.com), Valls (photo © AFP), Cameron (photo © Getty Images). |
Mornes élections espagnoles. Retour aux urnes qui n’avaient pas permis en décembre dernier de dégager une majorité aux Cortes pour gouverner. La situation n’est pas beaucoup plus claire cette fois sauf qu’il y a un gagnant et un perdant. Le Parti Populaire de Rajoy regagne plus de 600 000 voix et 14 députés de plus qu’en décembre – 137 sur 350. S’il n’a pas la majorité absolue d’antan, il sort renforcé de ce long feuilleton sans issue. À l’autre bout de l’échiquier, Unidos Podemos perd 3,3 % – 21,1 % et 71 députés – par rapport aux scores cumulés – 24,4 % — de Podemos et de Izquierda Unida en décembre. Le perdant n’est pas à chercher ailleurs. Le cours assez sectaire de Pablo Iglesias tournant de fait le dos à l’unité des gauches en espérant avant tout l’emporter sur le PSOE se solde par un échec. Le PSOE sauve la face – 22 % et 85 députés – en restant en tête des formations de gauche même s’il enregistre un nouveau plus bas historique. Quant aux centristes de Ciudadanos – Citoyens – ils se maintiennent comme force d’appoint avec 13 % et 32 sièges tout en perdant 400 000 voix en grande partie en faveur du PP. La situation qui résulte de cette nouvelle tentative électorale est compliquée. En premier lieu parce que aucune formation n’envisage de gouverner avec le PP tant que Rajoy, incarnation des politiques d’austérité les plus brutales, restera aux commandes. Ensuite, parce qu’à gauche, le refus d’une unité indispensable est la seule chose que partagent vraiment les directions du PSOE et de Unidos Podemos. Il en aurait été différemment si les deux formations avaient présenté une plateforme commune pour la législature, ce que le sectarisme des uns et des autres n’a pas mis à l’ordre du jour. Du côté du PSOE, c’est la crainte d’être débordé sur sa gauche qui tient lieu de pensée politique tandis que Unidos Podemos s’échine à en rajouter sur les objectifs qui divisent comme les référendums séparatistes notamment en Catalogne. Résultat, la droite, malgré sa politique et des scandales de corruption à répétition, fait encore figure d’élément de stabilité dans un pays qui la revendique n’étant pas au mieux de sa forme, en dépit du retour à une solide croissance de 3,5 % en rythme de croisière. Le prochain épisode du feuilleton, fait des innombrables tractations qui caractérisent la série, pourrait être intitulé, Quatre hommes dans un huis clos, tant on voit mal ce qui pourrait sortir des échanges à venir entre Rajoy, Sanchez, Iglesias et Rivera, d’autant que les électeurs en général et les militants à gauche en particulier commencent à se lasser.
La dépréciation de Valls. Retour à la normale ou presque pour la onzième manifestation contre la loi El Khomeri. Cette fois, la manifestation parisienne ressemble à nouveau à une manifestation entre Bastille et Place d’Italie à la différence du tour du Bassin de l’Arsenal imposé aux manifestants par le pouvoir la semaine dernière. Le dispositif policier n’est pas moindre et tend à « criminaliser » la contestation sociale, syndicale, ce qui est insupportable de la part d’un gouvernement démocratique. Valls qui rêvait d’interdire désormais toutes les manifestations qui le dérangeaient a perdu la partie. Hollande qui ambitionne encore une candidature à l’élection présidentielle ne pouvait le suivre sur ce terrain miné. Quant au fond, rien n’a bougé ou presque depuis des mois. Une très large majorité de Français, de l’ordre de 7 sur 10, continue de refuser cette loi libérale, régressive et mal ficelée qui dynamite le code du travail au profit des employeurs, en son article 2 notamment mais pas seulement. Trois citoyens sur quatre se disent opposés à un nouveau recours au 49.3. Jamais donc l’exécutif n’a été aussi isolé qu’il ne l’est… Et pourtant, dans un simulacre de démocratie parlementaire, la loi El Khomeri chemine vers une adoption caricaturale qui ruine par avance sa légitimité et dans une large mesure celle d’une procédure parlementaire détournée par Valls et Hollande. Mais ce n’est pas fini et ça ne le sera pas même si elle devait être imposée de la sorte au pays car au-delà du 5 juillet, date des prochaines manifestations, il restera toute la campagne électorale que le candidat Hollande et ses soutiens mèneront avec ce boulet à la patte. Plus généralement, il est objectivement exclu que le candidat de la régression sociale puisse figurer au second tour sur ces bases tandis que la gauche s’acheminera vers une lourde défaite dont il faudra des années pour se remettre. Il faut en finir avec ce pouvoir prétendument « socialiste » qui aura divisé comme aucun autre avant lui au point où une majorité d’électeurs souhaitent, semble-t-il désormais, que les députés de gauche opposés à la loi El Khomeri votent la censure avec la droite au Parlement. Une confusion de plus dont Valls et Hollande sont les principaux responsables alors qu’ils ont eu dix occasions de remiser au placard cette fort mauvaise copie. Ils ne l’ont pas fait et ils en paieront le prix, entraînant malheureusement le principal parti de gauche dans leur chute parce que la direction de celui-ci n’a pas su ni voulu prendre ses distances avec l’exécutif issu de ses rangs.
Le cauchemar anglais. Il aura suffi d’un coup de dé de Cameron, d’une campagne grossièrement mensongère et de quinze heures de vote pour que le navire amiral de la flotte britannique prenne l’eau de toute part. En quelques heures, ce sont 350 milliards de livres dit le journal Les Échos qui sont partis en fumée. Davantage que quinze années de contribution au budget de l’UE. Le triple « AAA » est perdu corps et biens avec la dégradation de deux crans par Standard and Poor's et Fitch accompagnée d’une perspective négative. La livre est au plus mal sur les marchés de changes depuis 1985. Les fractures territoriales sont avivées comme jamais avec l’envie des Écossais, de l’Irlande du Nord et de Londres au moins de se débarrasser du Royaume-uni devenu un lieu fermé, celui de la Croix de Saint-Georges. Même l’équipe de foot se fait sortir symboliquement de l’Euro par celle d’une île d’un peu plus de 300 000 habitants. La presse de qualité à l’instar du Guardian comme celle de caniveau se déchaîne dans un recours à l’invective contre chacun et contre tous. Au point où le « Brexit » voté par 17 millions d’électeurs ne serait plus « automatique » disent les uns tandis que d’autres affichent leur haine raciste contre ce qu’ils nomment « la vermine polonaise » notamment. Au sommet, les deux partis dominants sont sonnés, divisés, en perdition. La succession de Cameron est ouverte chez les Conservateurs mais bien malin celui qui pourrait en prédire l’issue. Corbyn chez les travaillistes a vu la moitié de son gouvernement fantôme démissionner et le prier de prendre la porte. Bref, un gigantesque « bordel » issu d’un coup tactique. Alors, les uns et les autres entendent temporiser au risque de faire durer le plaisir de la décrépitude. Bruxelles et l’essentiel des capitales européennes ne l’entendent pas de la même oreille car la contagion est palpable sur les marchés financiers comme dans les opinions. L’exigence du Parlement européen d’aller vite dans la procédure de séparation est fondée sur cette réalité incontestable. Il faut « sauver les meubles », c’est certain mais au-delà chacun comprend que pour repartir de l’avant dans la construction européenne, il faudra bien davantage que quelques bonnes paroles aussitôt démenties dans les faits. À plus long terme, la perspective d’une Constituante démocratique à l’échelle des 27 devra s’imposer. La poursuite du processus d’élargissement, comme l’avènement d’une République européenne fédérale et enfin sociale sont à ce prix. Les Européens qui vivent outre-Manche ont bien sûr vocation à la rejoindre un jour mais en acceptant le fait majoritaire, non dans une logique de bénéfices sans limite et de devoirs solidaires réduits à peu de chose. La balle est dans leur camp. Le nôtre sera toujours du côté des solidarités, de la démocratie et de l’ouverture.
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