mardi 3 mai 2016

Parti pris du 3 mai 2016

B. Hamon, N. Vallaud-Belkacem et V. Peillon (photo © D. Faget/AFP), congrès de l'AfD à Stuttgart (photo © Reuters).

Une situation contrastée en France. On le pressentait au lendemain des terribles attentats islamistes du 7 au 9 janvier et du 13 novembre. Le pays blessé, touché au cœur, ne cédait pas au pire, à la haine et à la soif de vengeance. On en a désormais la confirmation avec cet indice qui mesure l’état de l’opinion en matière de « tolérance » ou plus exactement de « reconnaissance du caractère multiculturel de la société ». Un mieux donc en 2015 en dépit ou en raison des épreuves subies. La magnifique riposte démocratique du 11 janvier est passée par là et les « pulsions identitaires » reculent, plus nettement que l’année précédente alors qu’elles avaient tendance à se renforcer depuis plusieurs années. Bonne nouvelle encore avec la persistance des mobilisations sociales et de la jeunesse contre la Loi travail de Myriam El Khomri au moment où celle-ci arrive à l’Assemblée. Des mobilisations inégales comme le 1er mai qui, quelles que soient leurs faiblesses, appellent une perspective politique et un renouveau à gauche dans les défilés comme dans les assemblées de Nuit Debout. Une part de ce que ce pays a de meilleur s’est levée, se cherche et veut construire collectivement un autre avenir que celui de l’injustice et du conformisme social-démocrate. Mais contraste saisissant, ce pays est aussi celui où une autre partie de lui-même s’enflamme pour les coups de com’ de l’histrion de Bercy. Un pays où un jeune perd à Rennes l’usage d’un œil dans une manifestation. Un pays où une poignée de salauds incendient par racisme un lieu de culte musulman en Corse. Un pays où il n’est pas exclu que des « falsifications » aient été commises chez Areva sur les processus de fabrication d’éléments concourant à la sûreté nucléaire après la découverte de « défauts » sur la cuve de l’EPR de Flamanville. C’est dans cette France travaillée par mille et une contradictions que François Hollande, ses proches et la direction du parti socialiste entrent en campagne en vue de la réélection du Président. Les images sont couleur sépia. Celles des trois ministres successifs de l’Éducation nationale, Peillon, Hamon, Vallaud-Belkacem, posant ensemble au nom de « l’œuvre accomplie ». Et encore, dans ce secteur, le bilan n’est pas « accablant » comme il peut l’être en matière économique et sociale. Parallèlement et en beaucoup plus empesé, Bruno Leroux et Jean-Christophe Cambadélis s’adonnent à une communication mal assurée pour soutenir que le quinquennat de Hollande c’est « du progrès en plus ». Tout cela a un air de déjà vu, déjà entendu et a fort peu de chance de convaincre les électeurs de gauche que c’est la voie à emprunter même si le retour de la droite serait par définition inquiétant. D’autant que la question de l’unité de la gauche autour d’un programme de législature réellement à gauche reste ouverte sans un début de commencement de solution. Mélenchon cultive de son côté son pré-carré, renforcé par le soutien de militants du PCF, emmenés par Francis Parny, membre de la direction nationale. Hollande, Mélenchon et quelques autres…. et après ? Après, si rien ne bouge, il y aura une défaite dès le premier tour et le vote pour Juppé ou un autre contre Le Pen au second. Pas de quoi soulever l’enthousiasme à gauche et surtout une raison suffisante pour appeler tous et toutes au sursaut pour construire ensemble une autre perspective, unitaire, passant par un accord équilibré de répartition pour les législatives et la désignation d’un candidat ou d’une candidate de rassemblement pour l’élection présidentielle à la faveur sans doute d’une primaire. Hollande comme Mélenchon ont voulu tuer le passage par la primaire. L’un et l’autre se revendiquent « candidat du rassemblement » tout en sachant très bien qu’ils ne peuvent pas ou plus y prétendre. La situation paraît figée, comme entendue d’avance… et pourtant rien n’est réglé définitivement.

À Stuttgart, la droite extrémiste.
C’est peu dire en effet que le congrès de l’AfD – Alternative pour l’Allemagne – fera date dans un paysage européen où la question des réfugiés continue d’agiter l’opinion dans la plupart des États membres de l’UE. L’AfD en a fait son miel à l’image du FPÖ autrichien ou du FN français. Ce courant de droite extrémiste est crédité, au lendemain de ses récents succès électoraux régionaux et en attendant d’autres probables répliques en septembre, de quelque 13 % des suffrages, l’installant solidement comme la troisième force politique en Allemagne, tant dans la partie orientale que dans la partie occidentale du pays. Ce parti s’est doté d’un programme à Stuttgart après plusieurs années d’existence. Celui-ci est fondé sur la défense de « l’économie sociale de marché », dans sa version allemande et datée du « miracle » d’après guerre où « le développement sans contrainte de l’économie ni intervention de l’État » selon la légende était censée apporter « l’ordre comme la prospérité ». Cela le démarque des nostalgiques du régime nazi mais en fait également l’un des courants les plus dangereux pour la construction européenne, non loin de la culture de la très droitière CSU bavaroise. Ainsi l’AfD souhaite qu’un Allemand soit nommé à la tête de la BCE… et envisage une sortie négociée de l’Allemagne de la zone euro et de ses institutions dont l’Eurogroupe. France, Allemagne, Autriche, le même danger se conjugue à l’échelle nationale avec un effet cumulatif au cœur de l’Union. Raison de plus, pour ne pas réduire la dangerosité de ces courants d’extrême-droite ou de droite extrême à leurs seuls délires sur la question de l’accueil des réfugiés dont Moscovici souligne à juste titre en quoi il soutient pratiquement la croissance. La question européenne est désormais au centre des attaques de tous les nationalistes, hier encore marginaux, qui sont en passe de peser aujourd’hui sur l’avenir de l’Union elle même, en l’entravant voire en déconstruisant ce qui a été acquis si chèrement au niveau communautaire et a malgré tout protégé quelque 510 millions d’Européens du pire, d’Athènes à Dublin en passant par Nicosie. L’Europe qui ne peut et ne doit faire les frais ni du second tour de l’élection présidentielle autrichienne du 22 mai ni du référendum britannique du 23 juin sur le « Brexit ». Les extrémistes de droite et d’extrême droite, nationalistes et populistes, doivent partout être battus sans appel faute de quoi ce sont non seulement les conditions d’existence de sociétés métissées et multiculturelles qui seraient remises en cause, mais aussi la communauté de destin qui réunit les peuples d’Europe en un seul ensemble géopolitique. Naturellement, cette nécessité historique au nom des progrès de l’humanité serait plus facile à réaliser si Bruxelles s’engageait dans la voie de la souveraineté démocratique – pas celle des souverainetés nationales qui lui sont antagoniques – sur toutes les décisions qui nous concernent ouvrant ainsi la voie à une affirmation plus forte de l’Europe fédérale et démocratique que l’histoire appelle. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’en a pas pris le chemin en ce qui concerne, dernier exemple en date, la négociation avec la partie américaine du traité transatlantique. Les négociations, comme le souhaite le gouvernement français, ne peuvent d’ailleurs que s’arrêter ou être suspendues pour reprendre sur des bases transparentes demain ou après demain. Les gauches européennes, conscientes des mille dangers qui menacent, se doivent de tenir le cap fermement sans rien concéder sur la démocratie et sur le port à atteindre, celui d’une construction fédérale répondant aux besoins des peuples en matière de développement économique et social en particulier. Beau challenge autant que prix à payer pour conjurer la catastrophe.

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