![]() |
| Van der Bellen, le nouveau président autrichien (photo © imago/STAKA) ; Hollande et Valls (photo © WITT/SIPA) ; Wauquiez (photo © AFP) |
Mélange détonnant et contrasté d’un champ politique européen où l’extrême-droite est « stoppée » à quelques encablures du pouvoir en Autriche et où la France s’enfonce par la faute d’un pouvoir devenu antidémocratique dans des tensions lourdes de conséquences. L’espoir l’emporte finalement à Vienne tandis que l’on vit en France, selon la formule de la CGT, « des scènes de guerre » aux abords des sites pétroliers en grève. L’Autriche sera ainsi présidée pour six ans par Alexander Van der Bellen, un écologiste, ancien social-démocrate – un vert-rouge selon la terminologie locale – qui a battu sur le fil le candidat du FPÖ, celui de l’extrême-droite. Entre les deux tours, le candidat de la résistance démocratique a remonté un handicap de quelque 14 points à la faveur d’une levée en masse électorale pour faire en sorte que le pays ne bascule pas sous le joug de l’extrême-droite. Pour autant, cette victoire magnifique est étriquée car le détail des votes ne laisse aucun doute sur la profondeur de la fracture politique. Les villes et pas seulement Vienne – un cinquième de la population –, mais Salzburg ou Graz, ont voté pour la démocratie tandis que les zones rurales et péri-urbaines ont voté contre, parfois en masse. Les femmes ont davantage voté pour la démocratie que les hommes. Les diplômés en ont fait massivement de même. Chiffre terrible en revanche, 88 % des ouvriers ont voté pour le FPÖ. De quoi tracer une feuille de route avec l’objectif central de faire reculer l’extrémisme « dans les têtes comme dans les cœurs » mais – et cela fait toute la différence – avec désormais un point d’appui institutionnel appréciable. Au-delà, il s’agit bien d’un coup d’arrêt porté à l’extrême-droite européenne qui ne réussit pas à s’imposer par la voie des urnes au cœur de l’Union européenne. Le danger n’est cependant pas écarté car d’autres assauts seront conduits dans les prochaines semaines, dans les prochains mois, par les partisans de la haine, à commencer par les tenants du « Brexit » emmenés par l’UKIP, l’extrême-droite britannique, le 23 juin prochain. Chaque victoire, serait-elle obtenue comme en Autriche in extremis, compte dans un rapport de force dégradé où l’espoir, la volonté d’aller de l’avant doit à nouveau s’imposer.
Ce qui se trame en France s’inscrit malheureusement en contrepoint. On y tire à balles réelles sur un local politique, en l’occurence celui du PS à Grenoble, après avoir attaqué des dizaines de permanences politiques et parlementaires. Rien, absolument rien ne saurait conduire à minimiser de tels actes qui s’inspirent des traditions fascistes de la « destruction des organisations ouvrières et démocratiques ». Il faut leur opposer une solidarité sans faille et sans préalable. En France toujours, le secrétaire général du principal parti de droite, Laurent Wauquiez, a commis dans ses fonctions de Président de la Région Rhône-Alpes-Auvergne un acte symbolique inqualifiable en prétendant réduire la subvention régionale à la Maison d’Izieu d’où furent déportés, le 6 avril 1944, quarante-quatre enfants juifs et leurs accompagnateurs. Il est effarant que ce soudard d’une droite provocatrice et décomplexée soit encore en fonction à la Région et au plan national dans son parti. En France, au moment où l’on célèbre les 80 ans du Front populaire, le gouvernement Valls, issu de la gauche, est engagé dans une épreuve de force contre la majorité de la population, contre les salariés en grève dans plusieurs secteurs pour imposer la loi El Khomri coûte que coûte. Les mouvements de menton, les contrevérités sur le fait que la procédure parlementaire suivrait son cours alors que l’on a utilisé la procédure antidémocratique du 49.3, n’y changent rien. L’histrion de Bercy prétend même « aller beaucoup plus loin que la loi El Khomri ». Non contents de « passer en force », d’assumer une dérive autoritaire de plus en plus marquée, Valls et Hollande s’attaquent désormais au droit de grève et dépêchent CRS et gendarmes mobiles dans les sites en grève à la manière de vulgaires briseurs de grève de droite. Ce faisant, ils s’enfoncent dans une logique folle, destructrice, qui ne peut que conduire au chaos démocratique au seul profit de l’extrême-droite. Ils portent la responsabilité écrasante d’avoir divisé la gauche comme personne avant eux. Impossible en effet de passer outre leurs agissements même avec la volonté unitaire la mieux assurée. C’est pourquoi la gauche, toute la gauche, dans la diversité de ses composantes, socialistes compris, doit reconstruire son unité même si c’est difficile mais, cette fois c’est sûr, sans eux, sans les membres d’un exécutif qui lui a définitivement tourné le dos. Ensemble pour la défense des libertés publiques et en particulier du droit de grève, en solidarité avec les grévistes matraqués et pourchassés, pour le retrait sans condition de la loi El Khomri, mobilisation générale le 26 mai et le 14 juin.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire