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| Illustration © Shutterstock |
Alors que s'est ouvert aujourd'hui à Londres le sommet anticorruption, nous publions la lettre signée par 300 économistes, dont Thomas Piketty et Jeff Sachs, appelant les chefs d'État du monde entier à agir contre les paradis fiscaux.
« Nous demandons aux chefs de gouvernement de saisir l’opportunité du sommet anticorruption, qui se tient jeudi 12 mai à Londres, pour prendre les mesures nécessaires afin de mettre un terme à l’ère des paradis fiscaux.
Les paradis fiscaux n’apportent aucune plus-value en termes de richesse globale ou de bien-être ; ils ne sont d’aucune utilité économique. Alors que ces juridictions bénéficient sans aucun doute à de très riches individus et à des multinationales, ces bénéfices se font au détriment des autres, aggravant par conséquent les inégalités.
Comme les « Panama papers » et d’autres scandales l’ont récemment révélé, l’opacité sur laquelle reposent les paradis fiscaux alimente la corruption et sape les capacités des États à collecter leur juste part d’impôts. Si tous les États sont victimes de l’évasion fiscale, les pays les plus pauvres sont en proportion les plus touchés par ces pratiques dommageables, avec une perte annuelle d’au moins 170 milliards de dollars de recettes fiscales.
En tant qu’économistes, nous avons des perspectives différentes sur ce que constitue un niveau d’imposition équitable, direct ou indirect, qui doit s’appliquer aux particuliers ou aux entreprises. Mais nous nous accordons sur le fait que des territoires permettant de cacher des avoirs à travers des sociétés-écrans, ou encourageant chez eux l’enregistrement de bénéfices par des entreprises dont les activités réelles se situent ailleurs, constituent des distorsions au fonctionnement global de l’économie.
En cachant des activités illicites et en autorisant des multinationales à contourner les règles établies, les paradis fiscaux menacent également l’État de droit, qui est un ingrédient essentiel du succès économique.
Pour lever le voile sur l’opacité qui règne dans les paradis fiscaux, nous avons besoin de nouvelles régulations internationales, comme le reporting public pays par pays, y compris dans les paradis fiscaux. Les gouvernements doivent aussi balayer devant leur propre porte, afin de s’assurer que tous les territoires dont ils ont la responsabilité rendent publics les registres de bénéficiaires effectifs. Le Royaume-Uni, en tant que pays hôte du sommet anticorruption, et autorité souveraine d’environ un tiers des paradis fiscaux dans le monde, occupe une position unique pour montrer la voie. »
Parmi les signataires
Alberto Acosta Espinosa, ancien ministre de l’Équateur, professeur à la faculté
latino-américaine de sciences sociales, Équateur ; Janine Berg,
Organisation internationale du travail ; Olivier Blanchard,
Massachusetts Institute of Technology ; François Bourguignon, École
d’économie de Paris ; C.P. Chandrasekhar, Jawaharlal Nehru University,
Inde ; Angus Deaton, Prix Nobel d’économie, Princeton University, New
Jersey ; Peter Dietsch, université de Montréal, Canada ; Diane Elson,
University of Essex, Royaume-Uni ; Jean Gadrey, université de Lille ; John
Hills, London School of Economics ; Martina Metzger, École
d’économie et de droit de Berlin ; Branko Milanovic, City University of
New York ; Richard Murphy, City University London ; José Antonio
Ocampo, Columbia University, New York, membre de la commission indépendante
pour la réforme de l’impôt international sur les sociétés ; Thomas Piketty,
École d’économie de Paris ; Jeffrey Sachs, Columbia University, New York
; Henri Sterdyniak, Observatoire français des conjonctures économiques ;
Gabriel Zucman, université de Californie à Berkeley.

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