mardi 10 novembre 2015

Parti pris du 10 novembre 2015

Photos © AFP / Reuters / Keystone/AP

Le sondage qui dérange a été reçu comme un coup de poing par beaucoup. Dans ce pays, plus d'un Français sur deux – 52 % – ne verraient pas en quoi la prise d'une, deux ou trois régions par le FN serait un drame. Preuve d'une « banalisation » de ce parti d'extrême-droite qui n'a jamais appartenu, de près ou de loin, à l'arc des forces démocratiques. Ses mensonges, ses fraudes, sa feuille de route en forme de menaces directes sur les libertés, son passé et son actualité sulfureux, ses accointances avec les dictatures et les dictateurs, rien n'y fait. Faut-il que l'opinion française soit atteinte, gravement atteinte, pour que l'on enregistre pareils signes de fièvre. 35 % de soutiens directs, un score alarmant en ce qu'il décrit un « peuple » prêt à tout, rongé par les haines en tout genre, oublieux ou ignorant du passé, renonçant par avance à un avenir meilleur parce que ouvert, solidaire et fraternel. Ceux-là ne seront plus « convaincus » que par le rapport des forces qui les contraindra et rien d'autre. 17 % ensuite d'indifférents prêts à regarder ailleurs pour éviter d'avoir à prendre position. Jamais sans doute depuis Vichy ce pays n'était tombé aussi bas. Même la célébration du quarante-cinquième anniversaire de la disparition de De Gaulle fournit l'occasion d'un grossier détournement de sens, de Morano à Philippot. Qu'en conclure ? Que même tardive la mobilisation de tous les autres est plus nécessaire que jamais, sans attendre l'entre-deux-tours. Les bases en sont connues. Oui, nous n'accepterons pas que cette forme d'extrémisme fascisant prenne une nouvelle partie d'Europe en otage. Après la Hongrie d'Orban, la Pologne de Kaczynski, il est temps de stopper cette contagion mortelle au cœur de l'Europe. Les dirigeants de tous les autres partis en France, ceux des formations démocratiques dans les autres régions d'Europe et par dessus tout les citoyens, ceux de gauche bien sûr mais aussi tous les démocrates, peuvent encore parler fort, agir ensemble et conjurer la catastrophe. Un appel commun aux électeurs émanant de millions de citoyens européens serait de nature à secouer au moins les hésitants en combattant les petites lâchetés d'aujourd'hui susceptibles de se transformer en crimes demain. Cela n’est en rien contradictoire avec la défense d'un programme, de propositions dans le cadre des treize nouvelles régions, mais il y a un préalable : que le FN soit repoussé, soit défait. 

L'amendement qui rassemble, à l'initiative de Jean-Marc Ayrault et de Pierre-Alain Muet. Le décor est planté depuis cet automne 2012 où François Hollande et sa première équipe gouvernementale ont renoncé à une vraie réforme d'ensemble de la fiscalité. Depuis, on bricole, ici ou là, sans toujours pouvoir mesurer les effets dévastateurs du moindre bougé, du moindre déplacement du curseur fiscal. D'où les couacs à répétition, les rétropédalages en série et le sentiment d'une majorité de Français qu'ils paient toujours plus d'impôts, même lorsque que ce n'est pas vérifié, chiffres à l'appui. Dans ce contexte, le retour au grand principe de la progressivité de l'impôt est naturellement salutaire. Ayrault et Muet l'invoquent même si leur amendement de départ, ne proposait que d’amorcer, timidement, une avancée dans cette direction, par l'introduction d'un début de progressivité de la Contribution sociale généralisée (CSG) à la faveur de son rapprochement avec l'impôt sur le revenu. Il fut un temps, faut-il le rappeler, où les élus de gauche et Hollande lui-même préconisaient une fusion de ces deux impôts, mais cela, c'était hier, avant 2012. Ce n'est donc pas la lune que promettent, après réécriture, Ayrault et ses soutiens, mais leur amendement témoigne d'une volonté de nombreux parlementaires de la majorité d'infléchir, au moins à la marge, le cours de la politique gouvernementale à l'occasion du débat budgétaire. 161 socialistes l'ont cosigné, une très nette majorité chez les radicaux de gauche et EELV le soutient, une partie des élus du Front de gauche en feront probablement de même. L'amendement devrait donc être adopté si Bercy, Matignon et l'Élysée ne s'y opposaient pas. Ils ne veulent pas en entendre parler parce qu'il signifierait à leurs yeux un « brouillage » du message qu'ils cherchent à instiller dans la société avec la loi Macron I, imposée en force par le biais du 49.3 et la future loi Macron II ou Noé, qui viserait à aller beaucoup plus loin en matière de dérégulation et d'exonérations fiscales au titre de financement direct de l'économie. Deux visions de l'action publique qui sont en effet contradictoires quand on en assume pleinement la logique. La conclusion de cette passe d'armes entre la majorité parlementaire et le gouvernement donnera un avant-goût des débats à gauche et des rapports de forces à l'avant-veille de la campagne pour l'élection présidentielle.


L'équation portugaise qui rassure. Nous l'avions souligné au soir des élections législatives. La droite ne pouvait continuer à gouverner à Lisbonne sous le signe de l'austérité que si les forces de gauche, celles de trois coalitions – autour du PS, de la gauche radicale, du PC et des Verts – se dérobaient renonçant à l'unité et au rassemblement. Elles ont heureusement trouvé les moyens de dessiner un accord pour renverser la droite minoritaire et porter au pouvoir un gouvernement PSP dirigé par Antonio Costa, soutenu au Parlement par le Bloc des gauches, le PCP et les Verts. Un début en espérant que tous intègrent un jour, demain, le gouvernement, le rendant par-là même plus solide pour reconstruire le pays. C'est heureux et prometteur parce que cet accord n'avalise pas l'austérité portée par la Commission et les gouvernements de droite européens tout en affirmant un attachement et une volonté de travailler dans l'Union et dans la zone euro pour en changer l'orientation. C'est la même problématique que celle du gouvernement Tsipras en Grèce, même si le Portugal n'est plus sous « assistance » à la différence de la Grèce. Au moment où les partis sociaux-démocrates, ralliés de fait à l'austérité et aux modes de gestion libéraux, sont généralement en crise et en paient le prix fort, une alternative se dessine donc d'Athènes à Lisbonne. Les autres forces de gauche sont de la même manière invitées par ce double exemple à renoncer aux errements d'une politique de rupture avec l'Union ou au moins avec la zone euro. Un sondage qui mesure, année après année, l'attitude des Européens par rapport à l'euro, vient de livrer ses conclusions soulignant l'attachement de 61% des Européens concernés à l'euro. Ce sentiment rassurant se développe au moment où les velléités de « déconnexion », de départ, de sécession se font plus fortes à Barcelone et demain peut-être à Londres. Il ne sera pas dit que pour vivre mieux, pour vivre heureux en Europe, il faut vivre séparément, dans la méfiance qui précède la détestation de l'autre. C'est pourquoi d'ailleurs les populistes et autres fascistes doivent perdre la partie finalement. Agissons pour que ce soit le plus tôt possible, ce qui nous évitera bien des drames.


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