vendredi 23 juin 2017

Parti pris du 23 juin 2017

Angela Merkel et Emmanuel Macron lors de leur longue conférence de presse commune à Bruxelles. (photo © Stephanie Lecocq - Keystone)

Climat « variable » en France. Avec une chaleur accablante d’abord mais qui est partagée par la plupart des pays européens, sauf que dans l’hexagone cela se traduit par l’explosion des « incivillités » en matière écologique. Il y a celles de la rue qui font que l’ouverture intempestive des bouches d’incendie transforme les rues en piscine et se traduit par un gaspillage choquant de l’eau. Jeux idiots partis du 9.3, ils se traduiront par un surcoût évitable pour les communes concernées. Ils sont surtout l’indice de l’absence de toute conscience civique de la part de ceux qui s’y livrent. Mais il y a aussi une pratique tout aussi condamnable de lobbying de l’Association des maires de France. Ceux-ci doivent remettre leur plan pour une meilleure isolation des bâtiments publics et ils rechignent espérant gagner de nouveaux délais. Le fruit des retards pris dans ce pays en ce qui concerne la compréhension partagée des enjeux climatiques et leurs conséquences en matière de prévention des risques. De la chaleur à la vie exténuante de ceux qui sont contraints de la vivre à la rue, il n’y a qu’un pas… qui a conduit le ministre Collomb, en déplacement à Calais, à se montrer « méprisant » et dépourvu d’humanité à propos des migrants réfugiés. « Ce qu’il faut c’est les contenir avant qu’ils n’arrivent dans les Alpes maritimes » comme un rappel fâcheux du dérapage présidentiel à propos des Comoriens. Tout cela est indigne, vieux comme les discriminations et doit cesser. Les propos misogynes de plusieurs députés de droite battus aux législatives sont tout aussi insupportables. Un climat civique, respectueux de tous, doit s’imposer ce qui suppose que ces « embardées » à répétition fassent l’objet d’une condamnation sociale aussi unanime que systématique sans qu’il soit besoin d’y revenir à chaque fois. Raison de plus pour que l’exécutif se tienne au moins « convenablement ». Un exécutif qui bénéficie d’une bienveillance majoritaire dans l’opinion pour l’instant et qui pourrait continuer à en profiter à la double condition que les données économiques confirment la nette amélioration sur le front de la croissance et que ses décisions politiques ne viennent pas contrarier la tendance. L’INSEE confirme avec sa troisième et dernière évaluation habituelle une croissance de 0,5 % au premier trimestre. Cela nous rapproche de la moyenne européenne, ce qui n’était pas arrivé depuis bien longtemps. D’autant que l’Institut ne voit rien dans la conjoncture qui puisse entraver la poursuite de cet élan après un petit 1,1 % au compteur en 2016. Conséquence, le fait de rentrer dans les clous européens des 3% de déficit public ne sera peut-être pas aussi difficile que l’on pouvait le craindre. Le chômage devrait également s’en trouver pris à revers et reculer significativement. Restera à confirmer le changement de cap avec un redressement sensible du commerce extérieur qui n’est pas acquis. Le diagnostic ne pose pas de problème. C’est avant tout la consommation des ménages qui tire ce rebond de la croissance et celle-ci doit être soutenue pour se maintenir, voire pour aller plus vite, plus loin. Tout coup de frein aurait des effets contre-productifs. La revalorisation du SMIC trop limitée et surtout la préparation de la Loi de Finances sont à suivre avec vigilance et exigence. Macron pendant sa campagne s’est beaucoup dépensé pour se démarquer de la politique de Hollande bien que l’ayant un temps inspirée et conduite. Il lui reste à démontrer que ce n’était pas pure com’. Tout le monde y a intérêt, des salariés aux entreprises. Il s’agit d’un préalable pour aborder dans un climat plus serein les modifications éventuelles de l’organisation économique et sociale qui ne peuvent pas se passer d’un large débat public « global » pour traiter par exemple de la représentation des salariés dans les conseils d’administration en particulier et plus généralement des conditions requises pour améliorer la qualité des gammes de production souvent trop « moyenne » pour espérer exporter. Cela implique notamment de supprimer la niche fiscale dédiée à la recherche, inutile dans cette perspective et très coûteuse financièrement, afin d’ y substituer une vraie politique de recherche plus conséquente, transparente et déclinée dans les régions. De la même manière, à défaut de prendre en compte la situation d’un groupe dans sa réalité planétaire - peu ont cette envergure et la France fait exception en prétendant le faire - il convient de considérer leur réalité européenne et non de s’en tenir à la situation d’une filiale française, possiblement mise en difficulté pour justifier licenciements et réorganisation. Le lobbying patronal se déploie pour obtenir du nouveau pouvoir l’élargissement de ce qui lui avait été concédé par le précédent. Ces gens-là n’ont rien compris à ce qu’il se passe dans le pays. Sur ce plan le nouveau gouvernement sera tiré à hue et à dia. L’opinion doit se faire entendre pour contrer les prétentions régressives du Medef. Et puis, il y a le climat politique tout court moins « pollué » depuis que les ministres suspectés de pratiques douteuses, auraient-elles été plus ou moins tolérées à l’époque, ont été débarqués. De Ferrand à Bayrou, la Justice doit désormais passer de manière exemplaire. Leur sortie de la scène gouvernementale, massivement approuvée, y invite et c’est heureux. Il serait en revanche choquant que les mêmes se retrouvent investis de responsabilités au Parlement, rabaissé au rôle de session de rattrapage pour « recalés » protégés.

Début de convalescence en Europe.
Voilà le jugement équilibré qu’il faut porter sur le Conseil au cours duquel le « petit dernier » Macron s’est penché sur l’Union. Cette fois, le nouveau Président français et l’UE en sortent « ragaillardis ». Tout avait été conçu à dessein avec un feu d’artifice inhabituel en plein jour de conférences de presse, celles de Macron - Merkel, Tusk et Junker. Premier constat, le « Brexit » cher à Theresa May n’aura pas réussi à gâcher la fête pour l’entrée en rémission de l’Union. Plus important pour l’avenir que de travailler au « Brexit » dit Merkel en substance. Sans doute sauf que la Première ministre britannique s’en est tenue au strict minimum s’engageant à n’expulser aucun citoyen européen résidant « légalement » - c’est le cas de tous par principe - au Royaume-Uni, aussitôt compensé d’ailleurs par un refus de s’en remettre à la Cour européenne  en cas de conflit. Insuffisant et inacceptable. Difficile d’envisager de travailler ensemble sans accepter un juge commun pour trancher les contentieux. Londres a perdu pour l’occasion deux institutions européennes, l’Autorité bancaire et l’Agence du médicament - Lille est candidate. Leurs nouveaux ports d’attache seront fixés par un vote ministériel en novembre puisque ce sommet s’est mis d’accord sur la procédure, gain de temps à la clé. Au menu figuraient deux plats de résistance, celui de la lutte contre la propagande de haine et celui de la défense, que
Macron décline comme les moyens de « protéger » l’Europe oubliant au passage la dimension sociale plus décisive encore à long terme. Dans le combat pour imposer des règles aux majors d’Internet, on en est resté pour l’essentiel aux proclamations de bonnes intentions. Rien de nouveau en conséquence si ce n’est que le chœur européen ne distille plus de fausses notes, ce qui est considéré comme un grand progrès selon les usages en vigueur à Bruxelles où l’on espère que dire et redire la même chose ensemble finira par produire ses effets. Si ce n’était pas le cas et ce ne le fut pas jusqu’alors, que ferait-on d’autant que s’il était possible de parler d’une même voix sur le sujet avec Obama, c’est loin, très loin d’être le cas avec Trump. La suite au prochain épisode. Restait donc la défense, non bien sûr dans la perspective d’une intégration militaire rapide mais « la mise en œuvre d’une capacité civile et militaire de planification et de conduite des opérations de l’UE »… Inédit en effet. Confirmé par la volonté de « mettre de l’ordre dans les commandes d’armements » qu’ils voudraient « groupées » quand c’est possible. Prometteur à la fois pour les finances publiques de tous et « l’interopérabilité » sur les théâtres d’opérations. Ce ne sera pas aisé mais l’engagement s’il devait se concrétiser rebattrait assez substantiellement les cartes. Pour cela les Européens se dotent d’un fond de 5,5 milliards qui s’ajoutent aux dépenses militaires cumulées des 27 États membres. C’est pourquoi, il est assez ridicule comme l’a fait une partie des médias non spécialisés de comparer ce fond au budget militaire américain pour constater qu’il ne représente que 1% de celui-ci. Désinformation sans le vouloir sans doute, mais désinformation tout de même. S’y ajoute pour la bonne marche de la troupe, la confirmation du maintien des sanctions contre Poutine  pour les six prochains mois. Le « bad boy » de Moscou n’a pas encore suffisamment réfléchi à ses forfaits et surtout n’a montré aucun signe de repentir traduit en actes. Là encore, ce n’était pas acquis, il y a quelques semaines seulement. Preuve en est que le phénomène Macron né dans ce pays produit quelques effets bénéfiques pour l’instant dans l’Union, au-delà même des mots mais sans certitude avant les élections de septembre en Allemagne et probablement en Italie qui parachèveront la longue séquence électorale débutée en Autriche. Tout cela semble en effet « fonctionner » mais… rémission n’est pas guérison. Celle-ci ne sera acquise que le jour où l’Europe s’engagera enfin sur la voie de son intégration politique fédérale - Paris et Berlin ne proposent en l’état qu’un ministre des finances commun - avec une unification de l’Union au plan social sur la base des standards et droits les plus élevés pour des millions d’Européens. Nous n’en sommes pas encore là mais tout pas en avant dans cette direction est en soi positif si les exceptions et autres dispenses limitées en font la loi commune pour le plus grand nombre avant de le devenir pour tous. C’est ce qu’il convient de faire avec  la nouvelle circulaire sur les travailleurs détachés avec en arrière plan cette hiérarchie des normes qui doit s’appliquer sans faiblesse dans tous les États membres. Alors et seulement alors, la dimension « protectrice » de l’Union sera devenue palpable pour tous, renvoyant « populistes » de toute obédience et autres « fascistes » aux marges de la vie politique commune ou locale.

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