vendredi 20 janvier 2017

Parti pris du 20 janvier 2017

Hier soir à New York, devant la tour Trump (photo © AFP).

Washington, un triste jour pour l’humanité, mais… le commencement d’une « formidable » mobilisation démocratique. Trump entre en fonction avec le fardeau d’une impopularité record sans précédent depuis la seconde guerre mondiale pour un Président américain prêtant serment. Certes, il a été élu démocratiquement si l’on considère les règles de la Constitution mais il ne pourra jamais se revendiquer du soutien de la majorité des Américains qui lui ont préféré Hilary Clinton avec un écart de plus de deux millions de suffrages. Vu d’ailleurs, Trump est perçu comme une menace pour l’humanité mais il participe d’abord d’une histoire américaine. Celle d’une société fragmentée comme jamais auparavant où le pire côtoie ou plus exactement se juxtapose au meilleur. Le contraste entre la cérémonie boudée sur les marches du Capitole et la grande manifestation de la veille à New York le souligne avec force. Les premiers éléments de l’opposition sont déjà en rébellion. Composante urbaine dans le cœur de l’Amérique ouverte sur le monde dans cette ville de New York qui a voté à plus de 80 % contre la « bête ». La dimension institutionnelle de la résistance est aux premières loges avec le Maire, Bill de Blasio, avec l’engagement pris par le ministre de la justice de l’État de fournir une aide juridique à toutes les municipalités pour entraver les menaces d’expulsions de millions d’êtres humains. Cela vaut bien sûr au plan local mais devra s’étendre au plan fédéral à la police, à l’armée, aux agences et à la justice. La scène de la Culture qui avait ouvert le bal à Hollywood avec Meryl Streep est elle aussi présente en masse, du vieux De Niro à Alec Baldwin qui fait rire depuis des semaines les téléspectateurs en caricaturant le « clown » qu’il imite. On sait depuis Le Dictateur de Chaplin la force de la dénonciation culturelle quand elle conjugue talent et conscience. Et puis, il y a ces millions d’Américains qui voient avec raison en Trump une menace globale sur tous les acquis démocratiques de la société, expression d’une majorité avec les femmes et des minorités – noirs, chicanos, homosexuels. La question sociale n’est jamais première aux États-Unis, ce sont les questions démocratiques qui fédèrent et mettent le feu aux poudres. À l’inverse, l’establishment démocrate hésite pour l’instant à jeter toutes ses forces dans la bataille ne se sentant pas au mieux de sa forme au Congrès et dans l’opinion. Obama ou Clinton restent eux aussi prudents en dépit des derniers gestes de Président du premier et bien qu’ils se sachent attendus au rendez-vous afin que le cauchemar ne dure pas quatre longues années. Dans ce combat pour la démocratie et le progrès, la question de la légitimité est centrale. N’est pas légitime, ne le sera jamais, toute mesure qui contreviendrait aux droits humains. C’est acquis au moins depuis le jugement des dignitaires nazis lors du procès de Nuremberg et l’adoption des textes fondateurs des Nations Unies. Personne ne saurait l’ignorer. Autrement dit, le refus de participer à une action illégitime et l’exigence d’y résister sont clairement établis du point de vue du droit international. Reste donc à en faire le meilleur usage soit le plus efficace pour conduire Trump « le menteur » à la démission ou à une procédure d’Impeachment – destitution. Si l’on n’en est pas encore là, la perspective n’en est pas moins tracée ouvertement dans l’opposition américaine. Au plan international, elle appelle un puissant mouvement de solidarité fondé sur la même logique consistant à mettre le Président américain en accusation dès qu’il se mettra en tête, ce peut être très rapidement, d’appliquer un programme et des engagements incontestablement illégitimes. Bruxelles, Paris et Berlin devront s’y engager sans réticence ni atermoiement quitte à ce que le bras de fer diplomatique soit fortement encouragé par des mobilisations de rues.

Primaire et fin de partie pour les socialistes. Au troisième round, les jeux sont probablement faits pour l’ensemble du match, du moins sur le fond. Hamon a réveillé les socialistes et toute la gauche autour de thématiques claires. Celle de la protection sociale où il préconise une complémentaire publique contre ceux dont Valls qui se verraient bien ne rien changer si ce n’est à la marge. Mélenchon ne dit pas autre chose sur le sujet avec des modalités différentes. Cela a un coût « absorbable » pour peu que l’on mette un terme aux abus des laboratoires, de la rente de la médecine libérale et des faux-semblants des mutuelles adossées aux banques dont les buts lucratifs ne sont pas contestables. En face, rien ou si peu, ce qui revient à laisser des millions de gens sans soins faute de pouvoir se les payer. Revenu d’existence ensuite dont la première mise en œuvre au 1er janvier 2018 à destination des plus pauvres et des jeunes ne pose pas de problème majeur, à la différence d’une généralisation ultérieure et lointaine fondée sur une vision du recul du travail que l’on peut ne pas partager. Coût là encore, 45 milliards soit l’équivalent à peu de chose près de ce qu’ont coûté le CICE et le Pacte de compétitivité dans le quinquennat précédent. Un choix à faire entre l’un et les autres, entre une politique de l’offre condamnée par l’expérience pour ceux-ci et une relance de la croissance par la consommation, le meilleur moyen de soutenir les entreprises contrairement aux dires de Valls, Pinel ou de Rugy. L’Europe enfin au sujet de laquelle le débat n’a jamais été aussi limpide. D’un côté les partisans de « plus d’Europe » qui sans employer le mot défendent une Europe fédérale y compris en matière de Défense et au point d’envisager, enfin, une « mutualisation » de tout ou partie des dettes souveraines, seraient-ils encore prudents sur le mécanisme à mettre en œuvre – écrêtement au-delà de 60 % du Pib (Maastricht) par exemple avec gestion du surplus par la BCE. C’est la seule solution praticable que nous défendons depuis pas mal de temps. De l’autre, des évitements plus ou moins habiles pour mieux masquer l’impasse « nationale » chez Montebourg en particulier, Valls ne se découvrant guère au-delà des proclamations générales. Sans compter la justice où Hamon s’est inscrit avec bonheur et réalisme dans le sillage de Christiane Taubira sur les peines alternatives à la prison. Logiquement et sur le fond, la finale devrait donc opposer l’orientation d’Hamon et celle de Valls si ce dernier n’est pas éliminé dès le premier tour tant ses propositions ont été réduites aux phrases creuses et aux mouvements de menton d’un homme qui aspire à se glisser dans la peau du monarque républicain sans vraiment changer la politique qu’il a conduite et qui a échoué. C’est « vieillot » en effet comme l’était l’ambition de Hollande avant le renoncement judicieux. Pour l’instant, le troisième larron de l’équipe sortante, Macron, ne subit pas le discrédit de ses deux compagnons. Il surfe sur une dynamique de renouvellement mais sans contenu social ou démocratique entre gauche et droite. Mélenchon en présentant des candidats aux législatives y compris contre le PCF qui le soutient se « savonne » sans doute la pente. Autrement dit, tout reste ouvert même si l’audience des trois débats ne laisse guère envisager une mobilisation d’ampleur les 22 et 29 janvier. Ensuite, si les socialistes et associés ont un candidat « présentable » parce que « crédible », il faudra ouvrir les discussions à la fois au sommet et surtout en bas dans chaque circonscription entre tous ceux qui se revendiquent des gauches et de la nécessité de battre la droite et l’extrême droite. Tout, absolument tout, est ouvert pour qu’il y ait au final une plateforme de gauche unitaire en quelques points forts et rassembleurs, portée par un candidat unique de la gauche à l’élection présidentielle comme dans chacune des circonscriptions législatives de métropole et des Outremers.

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