lundi 19 octobre 2015

Une semaine de mauvais augure

À Lausanne, une affiche anti-immigration (recouverte) de l'UDC (photo DR). 

Une semaine qui commence avec une conférence sociale qui en dit long sur le délitement des relations sociales dans ce pays. La CGT sera aux abonnés absents. Le choix est sans doute discutable mais il est en phase avec ce que retiennent nos compatriotes, majoritairement selon les sondages, de cette grand-messe où les paroles ne sont pas vraiment suivies d'actes législatifs ou gouvernementaux. Cela au moment où le dossier des caisses de retraites complémentaires est refermé par ce que d'aucuns nomment un accord entre le patronat et trois syndicats – CFE-CGC, CFDT, CFTC – qui n'ont rien à lui refuser. Ce plan de sauvetage de caisses mal gérées – le rendement du point a perdu 50 % en un quart de siècle – signe une vraie régression sociale. Mesure d'âge déguisée qui pénalise les deux tiers des salariés du privé qui ne pourront pas partir en retraite aux conditions fixées par la loi – 62 ans et 41,5 annuités – sans subir une décote de plusieurs dizaines d'euros par mois sur le montant de retraites qui permettent tout juste de vivre. Seuls les plus pauvres – le tiers qui est exonéré de CSG – seront épargnés. On partira donc à 63 ans au minimum à partir de 2019 et en pratique en raison du chômage de masse et de l'entrée tardive sur le marché du travail, au-delà de 65 ans bien souvent. Est-ce là le modèle social que souhaite la société française ? Laurent Berger de la CFDT argue pour justifier son inqualifiable signature que cela permettra de sauver les caisses concernées à la faveur des quelque 6 milliards d'économie escomptés. Si les entreprises acceptent une augmentation infime de cotisation, celle-ci ne représente que 10 % de l'ensemble, les 90 % restants seront financés par les salariés. Qui osera prétendre qu'il s'agit là d'un juste équilibre ? Les pouvoirs publics ne peuvent ratifier pareil marché de dupes. Ils doivent se saisir du problème et imposer plus de justice sociale en profilant une remise à plat générale d'un système à bout de souffle qui ne répond plus vraiment aux besoins avec la perspective d'une fusion de tous les dispositifs, de toutes les caisses dans un service public de la protection sociale qui assure enfin à chacun et à tous une retraite décente. Ce n'est plus le cas aujourd'hui et c'est intolérable pour les hommes et les femmes concernées, pour leur famille et pour les comptes publics. 

Une semaine où les tensions générées par les extrêmes droites souverainistes, populistes, voire fascistes, se feront encore une fois lourdement sentir. En Allemagne, à Cologne, une candidate à la mairie a été poignardée par un extrémiste raciste qui lui reprochait d'être favorable à l'accueil des réfugiés. En Suisse, l'UDC anti-immigration rafle un tiers des sièges au Conseil fédéral, ce qu'elle n'avait jamais obtenu. Elle a fait campagne sur la peur des réfugiés. En France, un sondage semble indiquer qu'en PACA, ce serait plié au profit de la petite-fille et de la nièce du clan Le Pen. Difficile dans ces conditions et pour certains de ne pas baisser les bras. Ils se trompent pourtant. À Cologne, c'est bien Henriette Reker, lâchement agressée, qui a été élue maire avec près de 53 % des suffrages. En Suisse, qui n'est pas l'Europe parce qu'elle s'y est refusée à plusieurs reprises, ce n'est pas la misère sociale qui explique la poussée extrémiste. Plus que jamais, la bataille idéologique s'impose. En France, pour les régionales, ce ne sera joué que si nous baissons les bras et nous résignons à la concurrence destructrice au premier tour qui se traduira par le risque de l'élimination de fait pour le second. Il est encore temps de se battre et de faire reculer les peurs et ceux qui les alimentent à leur profit. Il est encore temps que la gauche se rassemble – les socialistes ont voté dans ce sens – sous la forme de coalitions qui intègrent et respectent les différences plutôt que de s'adonner à la division qui exclurait probablement les uns comme les autres et qui risquerait de tous nous tuer avant même le second tour. Car pour l'issue finale, là où existe un risque palpable que l'extrême droite gagne, il faudra proposer à la droite « classique » des coalitions strictement techniques droite gauche ou gauche droite pour écarter le péril lepéniste sur une base proportionnelle conforme aux résultats du premier tour. C'est ce que font les Suédois qui ont ainsi trouvé les moyens de neutraliser au Parlement le pouvoir de nuisance des extrémistes de droite du parti dit des « Démocrates ». Nous avons jusqu'au 9 novembre, c'est à la fois très peu et suffisant si on le veut vraiment !

       

  

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